Affronter la solitude de l’expatriation

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La solitude en expatriation fait partie du blues de l’exil: une réalité que l’on préfère taire. Elle démystifie l’image trop lisse que les « sédentaires «  se font de l’expatriation, à grands renforts de fantasmes et de projections. Or, partir vivre à l’étranger ne permet pas d’échapper aux lois de la pesanteur en surfant sur un bonheur de carte postale. L’expatriation exige au contraire des combats permanents où l’isolement contribue à l’épuisement nerveux.

Solitude et blues de l’expatrié

On connaît le blues de l’expatrié qui se nourrit de l’éloignement des proches, de ses repères familiers et du besoin temporaire de renouer avec des attachements passés. Mais on parle peu du rôle joué par la solitude de l’expatriation dans ce processus, alors qu’elle est omniprésente et que son poids pèse lourd dans le moral des expatriés.

Car, même s’il ne le réalise pas toujours au départ, l’expatrié se retrouve seul pour faire face aux grands défis que son adaptation exige de relever. Seul face au monde du travail dans le pays d’accueil et seul face aux autres, surtout, pour lequel il est toujours « l’étranger ».
La solitude de l’expatriation se manifeste dans la vie des expatriés par un phénomène d’usure qui gangrène insidieusement le moral. Il peut s’agir d’une angoisse qui étreint au réveil et peuple la journée de sombres pensées. Elle peut engendrer la tristesse, le doute et entraver les efforts d’adaptation au nouveau contexte. Elle renforce surtout ce fameux mal du pays, qui les pousse à regretter parfois ce qu’ils ont fui : les réunions familiales, les jeux TV de leur enfance, la grisaille parisienne ou le goût d’un cassoulet.

La solitude de l’expatriation est singulière et douloureuse par le fait qu’elle se dissimule à l’entourage. Quand partir est synonyme de réussite et d’évolution par rapport à son milieu, il est difficile d’évoquer son vague à l’âme et ses incertitudes. La solitude de l’expatriation se tait souvent par honte de ne pas être à la hauteur et par peur de l’échec. Elle est en cela doublement douloureuse. D’autant plus que ce sentiment ne s’efface pas avec le temps. Les expatriés demeurent fondamentalement seuls face à eux-mêmes. Car même si les autochtones sont accueillants et s’ils aiment leur nouvel environnement, il leur faut malgré tout fournir un effort constant pour s’y adapter.

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La précarité des liens

Le caractère éphémère des liens amicaux et affectifs qui se lient en expatriation contribue à renforcer le grand sentiment de solitude des expatriés.
Les expatriations multiples contraignent à planifier des durées programmées à ses attachements, car on sait qu’il faudra repartir dans 3 ans. D’où le sentiment de superficialité attribué, non sans raison, aux relations nouées entre Français de l’étranger, dans les communautés d’expats.

Les expatriés qui restent sur place, affrontent en revanche le vide laissé par ceux qui les quittent. À la longue, la nostalgie de ces attachements rompus invite à se montrer de plus en plus frileux vis-à-vis de nouvelles relations. On voit là à quel point il est important, notamment pour les femmes qui vivent la solitude au foyer, de recréer un entourage familier stable. On parle à cet égard, chez les expatriés, du troc du « home sweet home » contre  le « home away from home ». Dès lors, chaque départ de ceux ou celles qui contribuent à cet équilibre chamboule tout l’édifice. Les expatriés éprouvent durement le sentiment d’être à nouveau seuls et de repartir à chaque fois affectivement, de zéro.

À cet égard, partir est plus facile que rester. Les jeunes expatriés qui espèrent partir à leur tour, sans y arriver, éprouvent des sentiments confus, mêlés de peine et d’envie. Il peut s’installer, chez ceux qui restent, peu à peu un sentiment d’abandon. Car les ruptures affectives à répétition renvoient plus ou moins consciemment à la première rupture des amarres vécue avec le pays d’origine. On voit pointer là les symptômes du déracinement, par le fait qu’il est difficile de reprendre pied sur une terre où l’on se sent toujours « en partance ».

La vie des expatriés semble soumise à un mouvement d’évolution sans fin aujourd’hui, ceux multipliant les expatriations faisant un peu office de modèles. Mais on peut voir aussi, dans cette quête perpétuelle d’un ailleurs, la fuite d’une prise de conscience provoquée par tous ces attachements rompus.

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