Garder la bonne distance avec ses proches

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  C’est l’une des causes à l’origine du blues de l’expatrié : l’éloignement du noyau familial originel, celui que l’on laisse dans son pays d’origine, qui crée une tension avec un certain vide au départ, qu’il va devoir combler. Maintenir le lien pour éviter les sentiments de solitude et de dépression est une nécessité, mais l’expat fluctue souvent entre le besoin de s’affranchir en partant, et le besoin de rapprochements épisodiques. Voyons comment gérer au mieux cette relation pas si simple.  

Blues de l’expatrié et liens familiaux

Loin des yeux, loin du cœur… Rassurons-nous, telle n’est pas l’expérience de la plupart des expatriés vis-à-vis de leurs proches restés au pays. La nécessité d’entretenir les liens et les contacts demeure très importante. La plupart restent conscients, en effet, qu’en cas de coups durs en expatriation, c’est malgré tout sur la famille au loin, que l’on pourra toujours compter. Néanmoins, pour faire face au blues de l’expatrié, une certaine distance est nécessaire vis-à-vis d’eux, pour ne pas s’enliser dans un sentiment régressif et mélancolique, qui gênerait les adaptations dans le pays d’accueil. Cela, les expatriés le sentent, et marquent souvent volontairement une distance, une fois qu’ils prennent leurs marques dans leur nouvelle vie. Il ne faut pas oublier aussi que certains choisissent la mobilité internationale inconsciemment, pour échapper à des déterminismes familiaux qui les entravent et font peser sur eux des limitations. Ils ne peuvent, dans ce cas, affronter les défis d’un choc culturel alourdis d’un tribut qu’ils paieraient encore inconsciemment aux leurs. Parmi les Français de l’étranger, ce sont les hommes expatriés qui ressentent certainement à la fois le plus et le moins, le manque de famille en expatriation. La pression professionnelle qu’ils supportent est la principale cause du blues de l’expatrié chez eux. Elle nécessite parfois l’appui des leurs pour s’appuyer sur les valeurs profondes de l’éducation qui les ont structurés, celles qui permettent de « tenir la marée », face aux gros défis, aux grosses remises en question. Néanmoins, ces expatriés français seront aussi les premiers à se méfier des mises en garde des leurs trop pesantes, relatives à leur pays de destination, en les considérant, souvent à juste titre, comme des entraves les retenant d’avancer. La femme expatriée elle, face aux grosses difficultés qu’elle rencontre pour retrouver un travail à l’étranger, aura souvent tendance à tisser un lien plus fort avec ceux qu’elle laisse au pays. Lien souvent « rétenteur » là encore, car s’il se tisse de nostalgie et de regrets, il peut alimenter le rêve chimérique d’un paradis perdu qui peut prendre corps, à un moment ou un autre, par le désir de revenir en France. Il faut bien être conscient, à cet égard, que l’isolement d’une conjointe d’expat la pousse plus que son conjoint, à céder aux sollicitations de son milieu familial, quand il est hostile au changement et s’est opposé à son départ à l’étranger. De tels liens risquent de l’enchaîner au passé et de creuser le manque affectif et la dépendance. Cela l’empêche de jeter les bases d’une vie concrète et réelle, là où elle a pourtant choisi de vivre. Ainsi donc, le blues de la femme d’expatrié s’alimente aussi d’attachements familiaux problématiques, qui ne permettent pas de trouver sa voie, si les « on te l’avait bien dit » résonnent à ses oreilles. Ils viennent au contraire renforcer le sentiment d’isolement qu’elle éprouve et qui le rendent anxieuse, dans le contexte difficile d’une vie de couple bousculée à l’étranger.  

Entretenir le lien

Il n’est que de voir la tristesse et les remords qui s’emparent des expatriés lorsqu’ils ne peuvent rejoindre leur famille, pour comprendre l’importance et l’absolue nécessité de préserver pour eux ce lien. Le blues de l’expatrié se fait plus fort, par exemple, lorsque le coût d’un billet d’avion les empêche de rejoindre leur famille pour exemple, au moment des fêtes, ou pire, lorsqu’ils doivent endurer la perte ou la maladie d’un être cher. Car ce lien familial qui subsiste fait partie de cette zone de confort qu’ils se ménagent et qui les aident, lors d’une baisse de régime, à combattre le blues de l’expatrié. Le temps d’un coup de téléphone ou d’un échange Skype, il leur assure de renouer avec les expériences et les souvenirs qui les ont construits, de retrouver l’usage de leur langue, la joie de certains échanges, des partages culturels communs… Les moyens de communication modernes, notamment la vidéo avec Skype, permettent aujourd’hui des rendez-vous réguliers avec ses proches, qui démystifient l’idée qu’ils se construisent sur la vraie vie de ceux partis s’expatrier.

Mais tisser un lien aimant et fraternel avec ceux laissés au pays est aussi pour les expatriés, une question de reconnaissance de l’altérité de l’autre. En sachant se passer de leur soutien pour avancer, ou du moins en dosant cet attachement, les expats amorcent une évolution personnelle plus rapide, qui les pousse souvent les premiers à prendre leurs distances (cette situation créant parfois chez ceux restés au pays, le sentiment d’une trahison injustifiée).

Plus que leur famille confrontée au statisme, les Français expatriés ressentent le besoin de détachement qui crée le mouvement et permet d’avancer. C’est donc en se connectant aux leurs, dans le respect de leurs différences, au même titre qu’ils respectent la différence des autochtones du pays qui les accueille, qu’ils entretiennent souvent avec eux les meilleurs rapports.

L’écriture d’une même histoire familiale peut continuer de s’écrire ainsi, même à distance et malgré les années qui passent. Car si tout bouge et tout évolue sans cesse dans la vie de l’expatrié, il en va de même dans la vie de ceux qu’ils laissent derrière lui. Il aura d’ailleurs ainsi souvent la surprise de les retrouver lors des retours, et parfois à plusieurs années de distance, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait changés… Skype est aujourd’hui un formidable outil pour retrouver le soutien et les repères de sa culture dans sa langue d’origine. Les consultations d’un psychothérapeute français pour expatrié à distance sont, pour cette raison, un moyen privilégié de solutionner des difficultés avec ceux que l’on aimerait voir plus souvent, mais que l’éloignement ne permet plus de toucher. N’hésitez pas à consulter, car la déprime et un mal-être profond qui peut sanctionner les expatriés, même des années après un départ, et en dépit de la réussite personnelle ou de la construction d’un foyer sous d’autres latitudes…  

Les challenges de la femme d’expat aux USA

Devenir femme d’expat aux USA est un projet d’expatriation plutôt stimulant au départ. Le rayonnement culturel des USA et leur puissance économique continuent d’attirer les expatriés français, en dépit du difficile contexte actuel du pays. Pourtant, l’acculturation y est rude pour les femmes et les déconvenues souvent nombreuses en tant qu’expatriée. Voici un aperçu des difficultés qui les guettent au pays de l’oncle Sam. 

Le choc culturel de la femme d’expat aux USA

L’une des grandes surprises d’une femme d’expat aux USA est de découvrir l’énorme différence culturelle qui existe entre ce pays et le sien. La proximité avec la culture américaine dans laquelle nous évoluons depuis notre enfance au travers des feuilletons télévisés est trompeuse à cet égard. Car dans cet immense pays, tout est différent : la langue, le mode de vie, la cuisine, mais aussi et surtout, les mentalités.

Le mal du pays d’une femme d’expat aux USA se fait donc rapidement sentir, car il est rare qu’elle ne se sente pas perdue au départ. Il y a une première raison à cela : la France, au regard des USA, est un tout petit pays et garder le contact avec est difficile. Les repères viennent donc à manquer. On peut citer celui important de la nourriture, nos traditionnelles gourmandises françaises (chocolats, fromages) étant difficiles à trouver, ou la carence de culture française qui pèse, et devient source de nostalgie. Difficile de maintenir un contact avec la vie culturelle française, les principales chaînes d’informations de notre pays étant inexistantes sur le territoire et le cinéma ou la musique françaises,  considérés comme très exotiques !

Autre difficulté rencontrée couramment par une femme d’expat aux USA : celle de se faire de nouveaux amis dans son pays d’accueil. Beaucoup pensent, au départ, qu’il est simple d’approcher les femmes américaines et de se refaire des contacts. Mais il n’en est rien, car la sociabilité à l’américaine est difficile à cerner. Si en surface, les nouvelles personnes se montrent très enthousiastes de vous connaître, leur attitude se borne souvent à un jeu social, qui ne sera pas suivi d’effet.

Il est donc difficile de nouer de nouvelles relations lorsque l’on arrive dans ce nouveau pays. Si l’on ajoute à cela que les Américains sont un peuple très ethno centré, nourrissant peu d’intérêt pour ce qui vient de l’étranger, on comprend qu’une femme d’expat aux USA soit obligée de se retourner vers sa communauté sur place pour se socialiser. Ces communautés d’expats sont précieuses, car elles permettent de rompre l’isolement et de bénéficier de tous les conseils pratiques dans le pays. Mais leur taille étant restreinte, elles contraignent rapidement à une vie de village, dominée par un certain conformisme. Il ne faut pas oublier les USA font partie des destinations de réussite où il est de bon ton d’afficher son niveau de vie et des valeurs matérialistes, ce qui ne correspond pas aux aspirations de toutes les femmes expatriées.

La difficulté de conserver une activité professionnelle

C’est la difficulté que toute femme d’expat aux USA doit anticiper avant son départ à l’étranger, car, contrairement à ce que l’on croit faussement au départ, les opportunités ne seront pas plus nombreuses sur le sol américain.  
Les femmes doivent d’abord anticiper la question de l’autorisation de travail, qui est étroitement liée au visa accordé à leur conjoint, car de lui dépend le type d’autorisation auquel elles ont droit. Cette autorisation met en général quelques mois pour être obtenue et nécessite de lourdes démarches administratives. Une autre mauvaise surprise attend les jeunes expatriés ayant des enfants en bas âge : il n’existe pas d’école maternelle aux USA (ou alors payantes et très onéreuses), car la société américaine estime qu’il est plus profitable aux femmes de rester auprès des enfants jusqu’à l’âge de 5 ans. Enfin, bien sûr, l’intégration professionnelle n’est pas facilitée, le marché de l’emploi américain se composant de beaucoup de petits boulots et ne reconnaissant que très peu les diplômes étrangers.   
La femme d’expat aux USA doit donc repartir de zéro professionnellement, avec la pénible impression de devoir se réinventer très souvent. Les femmes d’expat aux USA ayant le plus de chances de poursuivre une carrière sont celles qui sont hautement qualifiées dans les domaines scientifiques, notamment au niveau des nouvelles technologies. Partir vers une région comme la Silicon Valley, où les Français sont nombreux à s’expatrier, est préférable aujourd’hui à l’expatriation pétrolière vers les villes du sud comme Houston. Dans les grandes villes comme San Francisco ou New York, il est plus facile aussi de faire du réseautage, élément important pour réussir à trouver du travail.        

Une majorité de conjointes d’expats français renoncent cependant à travailler aux États-Unis, ou y travaillent à des postes sous-qualifiés. C’est là l’une de leurs plus grandes causes d’insatisfaction. Insatisfaction qui n’est pas toujours compensée par les joies de la vie de famille, auprès d’un conjoint absent et qui confond souvent expatriation réussie avec réussite matérielle.  

Eduquer des enfants

C’est l’une des conséquences des différences de mentalités qu’une femme d’expat aux USA doit affronter : les normes d’éducation sont très différentes entre la France et ce pays. Les Américains sont portés par le mythe de « l’enfant roi» et éprouvent une admiration illimitée pour tout ce qui touche à leur progéniture. De nombreuses activités leur sont consacrées et un temps considérable doit être dévolu aux enfants. La discipline n’est pas de mise avec eux : il est interdit de les contrarier. Un enfant qui pleure dans un magasin est tout de suite synonyme de regards réprobateurs. Il est, en effet, très mal vu de les punir et de leur inculquer une quelconque rigueur : ce qui ne colle pas exactement avec nos bases éducatives européennes… Pas toujours facile donc, d’élever un enfant dans ce cadre, qui exerce une certaine forme de pression sur les mères étrangères. À cela, s’ajoute un autre problème : celui de conserver sa langue natale à la maison, car cet usage peut être mal vu du côté du corps enseignants, qui craint que cela ne gêne les enfants dans leur apprentissage de l’américain.    
La société américaine est très conformiste en matière de famille, ce qui la encore, peut représenter une grande surprise pour une femme d’expatrié français. La situation du droit des femmes subit d’ailleurs aujourd’hui un net recul dans ce grand pays des libertés.

Pascal Couderc, psychologue pour expatriés aident les Français établis aux USA à surmonter leurs difficultés d’acculturation. La thérapie sur Skype permet d’assurer un suivi en français et de pallier au manque de soutien rencontré lorsque l’on part vivre à l’étranger.

 

 

 

Crise du couple et milieu de vie chez les expats

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La crise du couple en expatriation vers le milieu de vie, existe et secoue non seulement l’homme expatrié, mais plus encore sa conjointe. Elle peut entraîner bouleversements et remises en question. Elle s’avère, pour cette raison, le moment de tous les dangers pour le couple expatrié. Quelles sont les questions qui se posent et pourquoi conduisent-elles à tant de grands changements ?

La crise du couple en milieu de vie

La crise du couple en expatriation apparait souvent en milieu de vie. Elle correspond à ce que l’on nomme familièrement la « crise de la cinquantaine », lorsque les individus atteignent la « mi-temps » de leur existence. Sur le plan psychologique, cette période est celle de la conscience du temps qui passe et de la finitude de la vie avec la mort qui apparait inéluctable.            
Selon les spécialistes, cette période amorce un signal ou un détonateur, qui pousse à faire un bilan précoce de ce premier chapitre existentiel, avant d’aborder la maturité. Pour les expatriés dont la vie a été parsemée de grands virages, nul doute que cette étape prenne une importance toute particulière. On peut penser que la crise de milieu de vie en expatriation amène des questionnements d’autant plus grands que les tournants pris dans l’existence l’ont été.


Les hommes expatriés s’en sortent certainement mieux que leur compagne. Le changement culturel et l’adaptation à une autre vie a souvent été pour eux gratifiant. Tous comptes faits, ils sont souvent satisfaits de leur parcours et n’éprouveront le besoin de repartir que poussés par des événements externes. Cela sera souvent le vieillissement ou la maladie de proches laissés au pays, ou le désir de mettre un terme aux difficultés de la vie d’expat en prenant tout simplement une retraite avant l’heure. Le mode de vie actuel de beaucoup d’expatriés, qui épargnent massivement en prévision de ce projet, s’oriente beaucoup aujourd’hui en ce sens.

Il en va autrement pour les femmes, qui, elles, payent un lourd tribu à l’expatriation. Or, c’est à l’heure des bilans entre quarantaine et cinquantaine, qu’elles en font le constat. En termes professionnels, puisqu’elles ont très souvent renoncé à leur carrière, mais aussi en termes d’intimité et de couple, ayant souvent affronté les multiples difficultés affectives causées par l’absence d’un conjoint trop occupé.

La crise du couple en expatriation

Une tendance lourde se dégage en thérapie au niveau des femmes expatriées en proie à une forme de crise du couple en expatriation. L’envie de partir et l’idée du divorce s’affirme souvent, lorsque leurs enfants quittent le foyer familial et partent au loin pour étudier. Mais le syndrome du « nid vide », provoqué par leur absence n’explique pas tout. Il semble d’ailleurs plutôt servir de révélateur à ce qui est la partie cachée de l’iceberg, soit le vide affectif de leur vie avec l’intimité vacillante de leur couple.

Rappelons que les femmes sont à l’âge des bilans. Elles font souvent passer leur vie de femme, soit leur vie affective et familiale, au premier plan de leurs accomplissements, quand l’homme admire plus ses réalisations sociales et professionnelles. Or, elles s’estiment largement moins gâtées que leur moitié.  Certes, il leur a bien offert l’existence dont elles rêvaient lors de leur départ à l’étranger : standard de vie élevés, confort, tranquillité… Mais au final, cela a eu un coût au niveau de sa disponibilité, le bonheur matériel s’étant payé par son absence. À l’âge des constats, cette carence peut prendre la forme de l’échec et la déception nourrit alors le besoin de tout « plaquer ».

L’amer constat

Bien souvent, le constat amer d’une crise de couple en expatriation lors du milieu de vie s’exprime ainsi chez les femmes : « Ce n’est pas la vie qu’il m’avait promise ». Le constat d’échec respire la trahison… La belle maison et les eaux bleues de la piscine ne comblent plus les accomplissements manqués, les femmes comptant dorénavant le temps qu’il leur reste pour être heureuses en voulant, qu’enfin,  « il soit là ».

Quel dénouement attendre alors de la situation ? Il y a autant de situations qu’il existe de couples et nul n’est comparable. Aussi, on se contentera ici d’évoquer les cas les plus simples.

Si la communication existe, en dépit des vicissitudes de la vie à l’étranger et des insatisfactions qu’elle génère, des changements peuvent s’amorcer au sein du couple. Il est possible qu’un homme consente à renoncer à la vie d’expatrié et à envisager le retour conjoint au pays avec sa femme. La crise du milieu de vie en expatriation aura servi en sorte à lui ouvrir les yeux sur les sacrifices consentis par son épouse : abandon de carrière, éducation solitaire des enfants, déracinement plus ou moins supporté… Prises de conscience relayées souvent par la préoccupation de ceux laissés au pays.

En revanche, si l’intimité du couple a souffert et que toute communication est bloquée, la crise de milieu de vie est une porte ouverte à de graves complications.      
Face au dépit de sa conjointe, l’homme expatrié peut se réfugier dans son travail et la course à la réussite. Il va délaisser plus encore sa compagne qui peut devenir sujette à la dépression et aux remises en question qui l’accompagnent. Dans ce cas, la crise peut faire office pour elle de réveil en lui soufflant le besoin d’exister à nouveau. C’est pour cela que repartir prend sens, soit en suivant les enfants, soit en se retournant vers sa terre natale. Le retour au pays n’est, alors, pas vu comme un retour en arrière, mais comme une continuité d’existence. Il marque la démission à la vie présente, faite d’absences et de renoncements, et augure d’un renouveau plus au calme, loin de l’agitation de l’étranger.

Les psychologues s’accordent à penser que plus les renoncements auront été nombreux dans la vie d’une personne qui aura cherché à suivre un chemin tout tracé, plus la crise du milieu de vie sera intense. La femme d’expatrié, trop souvent encore « suiveuse » de son conjoint, est donc sérieusement concernée par cette crise. Il est important donc, pour un couple, de préserver son intimité lorsqu’il s’expatrie et de ne pas trop se reposer sur les acquis d’une vie confortable. Ceci afin que les divergences de parcours ne mènent pas à mi-chemin, à la tentation de changer de vie, mais cette fois sans l’autre.

Pascal Couderc, psychologue pour expatrié, soutient et accompagne les couples qui souhaitent renouer avec une inimité malmenée par la mobilité internationale. Il pratique la téléconsultation sur Skype à destination de tous les expatriés de langue française.

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Le choc culturel du côté des femmes

Le choc culturel au féminin

 

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Les femmes d’expatriés, tout comme leur conjoint, traversent différentes phases, qui les mènent de l’émerveillement à l’arrivée, à une déprime plus ou moins grave ensuite, qui prend le visage du choc culturel. Pour les femmes privées d’occupations professionnelles et confrontées à l’intendance de leur foyer, l’adaptation revêt des facettes compliquées qui exposent à la peur, au doute et parfois au rejet.

Le choc culturel au quotidien

Des concessions, beaucoup de concessions : c’est un peu ce qui caractérise la vie de la femme d’expat en terre étrangère. Il n’est pas étonnant que chez certaines, le choc culturel atteigne parfois des paroxysmes, avec une somatisation du malaise se traduisant par la sensation d’étouffer. Pour s’adapter, les femmes expatriées renoncent de fait, à beaucoup d’habitudes, mais collectionnent les pressions et les contraintes.          
Elles vivent un quotidien fait de patience, qu’elles doivent déployer pour affronter une langue et une société auquel rien ne les prépare. Celles qui, en plus, souhaitent sortir de leur zone de confort et aller vers les populations locales pour comprendre et se faire comprendre, doivent passer par des étapes déroutantes. C’est souvent à grands coups d’efforts et de gesticulations qu’elles acquièrent les rudiments d’une communication au départ. Cette communication va de pair avec la compréhension de la perception que les autres ont d’elles et de l’apprivoisement des codes locaux. L’adaptation se fait donc lentement, très lentement, car elle ne s’effectue pas seulement au niveau du langage, mais aussi au niveau de la culture et des cadres de pensées.

Les effets du choc culturel se ressentent par de fréquents moments de déprime et de passages à vide. À la longue, l’environnement n’est plus attirant, mais hostile, car les mirages de l’arrivée s’effacent devant les difficultés concrètes de l’acculturation au coup par coup.

Par rapport aux hommes

Contrairement aux hommes qui bénéficient d’un minimum d’entourage dans le monde professionnel, les femmes, elles, n’ont au départ comme ressource principale que leur instinct et leur compréhension empirique du « terrain ». Des ressources plus limitées, donc, et qui se conjuguent avec l’absence de l’autre et l’isolement. La remise en cause continuelle de leurs cadres familiers s’effectue donc sans grande contrepartie, si ce n’est celle de la belle maison et de l’école privée pour les enfants.      

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La perte d’un statut

Il y a un autre facteur qui amplifie fortement les effets d’un choc culturel pour les femmes : l’expatriation équivaut pour elles à une perte de statut. Elles subissent cette perte non seulement sur le plan professionnel, mais aussi au niveau social, en découvrant que les libertés et la considération octroyées aux femmes dans leur pays d’origine, sont loin d’être universelles.

C’est au travers de certaines expériences, que les femmes vont percevoir la différence, constatant avec dépit, qu’elles doivent remettre certaines prérogatives ou certaines discussions dans les mains de leur conjoint, dans des pays où traditionnellement, la parole ne leur est pas donnée. Les femmes qui ont été habituées à être respectées (notamment sur le plan professionnel si elles commandaient auparavant à des hommes) vivent très mal ces expériences. Elles les dévaluent gravement sur le plan personnel et sont un facteur aggravant pour elles du choc culturel.

 

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Que dire des cultures qui donnent à la femme une place très subalterne dans la société, notamment lorsqu’elles restent codifiées par la religion ? Elles peuvent être sources d’un choc culturel violent, au cas où les femmes ne mesurent pas bien l’ampleur du problème en partant. Ce type de contexte va les questionner sur leurs valeurs et la nécessité pour elles de ne pas y renoncer. Le problème est de taille, quand l’on sait que les valeurs sont fondatrices de l’individu. Difficile, en effet, pour une femme européenne d’accepter des interdits et des diktats quand elle a grandi dans une société où des acquis féministes, acquis de haute lutte, sont revendiqués comme fondateurs. Les femmes élaborent alors des stratégies d’adaptation qui leur permettent de survivre dans ces environnements hostiles. Il s’agit de se plier à l’étiquette, tout en tentant de préserver son identité culturelle.     
Pour celles qui décryptent mal la société d’accueil et la perçoivent comme menaçante, le repli sur la communauté est la seule solution. Il s’agit de se recréer un espace de vie, où la liberté du pays d’origine revit : c’est la vie en « compound », ces quartiers exclusivement réservés aux occidentaux, dont l’on ne sort jamais. La solution est le plus souvent provisoire, car elle maintient dans une forme de vie en apnée, quand l’air du pays d’accueil semble irrespirable.

Les femmes qui disposent d’un bagage culturel important seront plus aptes à relativiser la pression que ces sociétés d’accueil tentent de leur imposer. La peur de l’extérieur fait place chez elles à une meilleure adaptabilité, mais où l’on lutte pour conserver son indépendance et son identité au milieu des diktats. En se couvrant la tête d’un chapeau, plutôt que d’un voile par exemple, comme pour montrer que le respect de certaines convenances ne s’accompagne pas d’une soumission complète.   

La réussite d’un projet d’expatriation pour les femmes passe souvent par leur capacité à surmonter de nombreux renoncements. C’est là que l’on voit que le partage des expériences avec le conjoint, et le soutient qui en découle, sont importants. Car par le travail, lui a un pied mieux ancré dans la société d’accueil. Ce soutien ne leur est cependant pas toujours assuré, raison pour laquelle les accompagnements, notamment sur Skype avec un thérapeute distant francophone, existent pour les aider à garder le bon cap et gérer les tensions.

 

Pascal Couderc, psychologue pour expatriés francophone, écoute et soutient les femmes sur Skype et en visioconsultation, lorsqu’elles se heurtent brutalement à des problématiques d’acculturation

Le piège psychologique de la femme d’expat

Zone de confort : piège psychologique de la femme d’expat ?

 

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La zone de confort piège psychologiquement la femme d’expatrié, bercée par les douces certitudes d’une vie matérielle sans souci et contrainte à la mise en sommeil de sa vie professionnelle. Le contact avec la société d’accueil lui devient d’autant plus difficile que son confort est l’en dissuade souvent. Il faut pourtant franchir certaines « frontières psychologiques »s pour réussir une adaptation à l’étranger.

La zone de confort de la femme expatriée

On parle de la zone de confort comme d’un ensemble de conditionnements personnels, responsables d’un état d’esprit qui pousse à la préservation du bien-être, au détriment de l’action et de la découverte. Elle inclut souvent un environnement rassurant et toutes les habitudes de pensées qui s’y rattachent. Elle confirme aussi les certitudes, rend frileux vis-à-vis du changement et incite à se satisfaire du moment présent. Si un certain confort est nécessaire à notre bien-être, il faut savoir aussi s’en méfier pour éviter de s’y enliser. On conçoit qu’une femme d’expatrié, sans occupation professionnelle et centrée sur son foyer, s’installe facilement dans une zone de confort. La réussite matérielle de son conjoint la dispense de fait, de tout impératif vital de survie, tout en lui procurant un cadre de vie agréable et inespéré dans son pays d’origine. Sur le plan affectif et émotionnel, elle vit aussi au sein d’un cocon rassurant et fermé, en partant entourée de l’affection des siens qu’elle soutient, et qui la porte dans son quotidien.

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Il est infondé de penser aujourd’hui que les femmes d’expat ne partent que pour l’intérêt de la grande maison au bord de la piscine. La plupart laissent derrière elles un travail et comptent souvent, après la période d’adaptation du conjoint, retrouver une occupation. Ce sont les conditions qu’elles trouvent sur place qui les en empêchent et les conduisent à se reclure dans une zone de confort un peu obligée.

Quand aucune perspective professionnelle n’est plus possible, le bien-être matériel les pousse vers une petite retraite avant l’heure… Les femmes d’expatriés vivent donc le paradoxe de femmes qui « ont tout pour être heureuses » et ne le sont pas. Si l’on suit l’évolution des besoins de la pyramide de Maslow, on s’aperçoit que ce ne sont que les besoins les plus primaires qui sont chez elles satisfaits, soit les besoins physiologiques, de sécurité et d’appartenance. L’accès à des besoins plus élevés, d’affirmation de soi et de réalisation personnelle est entravé par l’impossibilité de se réaliser sur le plan social et professionnel.

Oser le contact avec les locaux 

Le terme de « cage dorée » définit parfaitement les limitations de la zone de confort d’une femme d’expat. Elle jouit d’une vie facile, agréable, mais privée d’expression profonde et d’accomplissement personnel autre que familial. Ses aspirations s’effacent devant celles des siens et le confort annihile facilement toute forme de résistance. Pourtant, l’ennui, le vide et un certain sentiment d’être la laisser pour compte de l’aventure, l’incitent à vouloir briser les barreaux de la cage. Oser le contact avec la société d’accueil s’impose alors, mais c’est là précisément qu’il devient difficile de sortir de sa zone de confort. Le barrage de la langue est là pour le rappeler, car avec lui, elles découvrent qu’en-dehors, elles deviennent bel et bien  « l’étrangère ». Or, il leur suffit de rester chez elles pour éviter cette pénible expérience, qui peut les confronter à l’hostilité, et sur certaines destinations, à une forme de xénophobie. Les mauvaises expériences de celles qui ont dû surmonter la stigmatisation due à leur accent sont là pour en témoigner.

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De plus, aller vers la société d’accueil, implique de se couper de la protection de son milieu sécurisant, soit de celle de son foyer et de sa communauté. À l’extérieur, rien ne protège la femme d’expatrié qui n’évolue plus au sein de repères connus. Plus d’attitudes amicales et compréhensives pour la soutenir dans ses efforts et surtout, pour adoucir les rejets. Elle affronte au contraire le regard des autres où se mêlent l’incompréhension, parfois le dédain, et, le plus souvent, l’indifférence. Les femmes d’expatrié se retrouvent seules face à leur différence et leur peur de l’inconnu, quand rien, souvent, ne les y prépare. Le contact avec la société d’accueil peut exiger une telle remise en question de sa zone de confort, que l’on comprend facilement pourquoi certaines ne songent même pas à s’y aventurer. Il faut considérer aussi que, contrairement à leur conjoint, qui profite d’un contexte de travail stimulant, les femmes elles, sont dans un effort solitaire, peu reconnu et peu encouragé. Elles sont seules surtout face au monde professionnel, où elles doivent souvent redémarrer de zéro. La force d’attraction d’une zone de confort peut se comprendre ainsi. Elle tient moins souvent au bien-être qu’elle procure, qu’au rôle de refuge qu’elle joue, face à un contexte souvent anxiogène, affronté dans un relatif isolement. D’ailleurs qu’en pensent les conjoints ? Certains n’accordent que peu de crédit aux velléités d’autonomie de leur compagne, préférant croire avec certitude à l’attrait du confort dans leur vie. Inconsciemment, ces expatriés recherchent avant tout une compagne affairée à leur propre confort personnel, pleinement disponible pour les soutenir émotionnellement dans toutes leurs difficultés. D’autres en revanche, peuvent soutenir les efforts de leur moitié, quand ils ont compris que le seul bonheur matériel ne lui suffit plus pour s’épanouir dans ce nouveau pays. Dans ce dernier cas, une prise de conscience s’est effectuée, à la faveur d’une vraie communication, ou grâce à une relation d’aide avec un professionnel de l’écoute, comme un thérapeute pour expatrié.  

Les efforts qui payent

Personne ne peut remettre en cause radicalement sa zone de confort du jour au lendemain : celle-ci est nécessaire à notre équilibre. S’y complaire est néanmoins néfaste et empêche de progresser, ce qui est pourtant ce que l’on recherche en s’expatriant. Or, le contexte fait que, pour les femmes d’expat, il est éminemment plus difficile d’en sortir. Une femme d’expat prisonnière de sa zone de confort vit souvent en vase clos, ne parle pas la langue du pays qui l’accueille et cultive des sentiments de crainte et de méfiance vis-à-vis des locaux. Elle est aussi rarement épanouie dans son couple, car le bien-être matériel de sa vie ne parvient pas à combler certains manques, notamment les absences du conjoint. Elle peut connaître de gros moments de déprime et souffrir profondément de l’isolement. Avec ou sans l’aide de son conjoint, vaincre la peur de l’inconnu et oser aller vers les autres ne peut lui être que bénéfique. Il peut s’agir, au départ, simplement d’acquérir de la confiance auprès des expatriés de sa communauté, afin de vaincre la peur de l’étranger et de s’ouvrir à de nouvelles personnes. Pour éviter le découragement et les rejets trop brutaux, il est conseillé de tenter des efforts mesurés vers l’extérieur. La zone de confort se transforme alors en appui nécessaire qui permet de progresser pas à pas, pour se débarrasser de ce sentiment d’insécurité qui maintient dans l’immobilité. Pascal couderc est psychologue clinicien et psychothérapeute tourné vers les expatriés. L’appui de la psychothérapie peut aider à persévérer dans les adaptations que suscite une nouvelle vie à l’étranger, pour vaincre ses peurs et développer la confiance patiemment.  

Couples expatriés : unis jusqu’où ?

Couples expatriés : unis jusqu’où ?

 

Il existe un très grand besoin d’information et d’accompagnement aujourd’hui pour les femmes, avant de s’expatrier en couple. Car si elles partagent toujours le désir de partir vivre à l’étranger en famille au départ, elles sont souvent très loin d’en imaginer toutes les implications. Le scenario de leurs attentes correspond bien peu à réalité. On peut chronologiquement scinder en 2 temps le déroulé des événements qui les amènent vers des crises au sein de leur couple.  

S’expatrier en couple : au début, la découverte

Les premières années d’une expatriation en couple ne vont pas être tout de suite celles des désillusions. Bien souvent, même si elle part en abandonnant son travail, la femme se sent nantie d’une mission : le bonheur de sa famille. Elle va donc au départ s’investir entièrement dans l’aventure, s’immergeant dans le pays d’accueil parfois bien plus que son conjoint. Formalités administratives, cours de langues, scolarité des enfants : elle va mener toutes ces démarches tambour battant. En dépit de l’éloignement des siens et du choc culturel, elle se sent plutôt fière de ce qu’elle accomplit, et n’en revient pas de sortir autant de sa zone de confort. Mais surtout, avec son conjoint, c’est encore l’union sacrée. Même si les difficultés ne manquent pas de se présenter, ces deux la restent soudés.

Autour de leur famille d’abord, car les enfants sont plutôt moteurs d’intégration, et l’on se rassure autour de la chance qu’on leur donne en leur offrant une vie  à l’étranger, une double culture, une grande maison… On se soude aussi autour des objectifs communs, car il en en a bien sûr, avant de partir. Ainsi, la première année, et celles qui vont suivre, sont encore le temps de l’enthousiasme où chacun des conjoints sert de réassurance à l’autre. Il faut dire que les satisfactions sur le plan matériel ne manquent pas : le niveau de vie dans le pays d’accueil aurait souvent été impossible à atteindre en France. Ainsi, même si l’ennui et un certain isolement commence à peser parfois sur la femme d’expat, elle continue de s’adapter tant bien que mal, car n’a-t-elle pas tout ce qu’elle a voulu au départ ? Du calme, du temps, de l’argent : une vie de rêve en somme, et elle aurait mauvaise conscience de dire le contraire…  

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Quand viennent les doutes et les déceptions

Ce n’est qu’au bout de quelques années d’expatriation que les doutes vont s’installer chez les femmes. Leur grande frustration face à la perte de toute activité professionnelle sert souvent de détonateur, mais leur déception va bien au-delà. Elles sont au fond, non seulement déçues par une vie domestique, qui devient parfois futile, mais surtout déçues par leur conjoint. Elles les trouvent, sans détour, égoïstes, car eux, elles le savent, auraient rarement accepté le même sacrifice pour les suivre. Ce qu’elles perçoivent de lui, est cet étranger absent, épris de réussite, qui ne songe pas 2 secondes à un retour en France. Elles, au contraire, ne songent qu’à ça, et peuvent même saisir le moindre prétexte, comme suivre leurs enfants dans leurs études supérieures, pour mettre à exécution ce projet. La grande source de rupture entre conjoints expatriés naît de la différence des perspectives, qui s’installe insidieusement avec le déséquilibre de leurs situations réciproques. L’un progresse dans la vie tandis que l’autre stagne, en proie à des difficultés de parcours beaucoup plus importantes.

La vie professionnelle

Retrouver une carrière professionnelle est un défi parfois impossible à relever et les nouveaux amis ne sont souvent que de passage. L’homme expatrié, lui, ne voit pas son cercle se restreindre, car il jouit d’un épanouissement professionnel qui l’amène à être estimé, reconnu, apprécié. Ses horizons culturels et intellectuels vont dépasser de loin ceux de sa femme, et s’il n’a pas un réel souci de son bonheur à elle, leurs chemins risquent inexorablement de diverger. Car, que reste-t-il de leur communication dans ces conditions ? Les perspectives de l’un sont désormais étrangères à l’autre, et la réussite de l’un se construit, malgré tout, au détriment de l’autre.

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On ne s’étonne guère qu’il résulte de tout ça une certaine culpabilité au niveau des hommes, qui se retrouvent en dette de tout ce que la femme sacrifie pour leur mobilité internationale. Certains vont la gérer par une fuite en avant, travaillant toujours davantage. Ils s’obstinent à penser que l’argent est le but primordial, et qu’il suffira au fond, pour garder leur compagne. Solution peu satisfaisante, qui vise surtout à éviter les remises en question, mais risque d’aboutir à une séparation. Parfois un déclic, une vraie discussion, initiée à la suite d’un travail sur soi ou d’une thérapie, peut aboutir à une prise de conscience du partenaire. Un homme peut comprendre que l’équilibre de sa vie de couple et de famille est prioritaire à la réussite sociale, surtout lorsque la santé de l’autre est en jeu. La dépression, il faut le rappeler, altère les facultés d’une personne et porte atteinte à sa santé mentale.

Pascal Couderc, psychanalyste, psychologue clinicien

Un bonheur qui se construit au détriment de son partenaire est une absurdité, dans un couple. C’est certainement l’une des grandes leçons que l’expatriation donne aux hommes et aux femmes partis tester leur union sous d’autres ciels. Pascal Couderc, psychologue pour expatriés, sur Skype et par visioconsultations, accompagne les expatriés dans leurs difficultés de couple.    

Expatriation et vie familiale

Expatriation et équilibre familial

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Quels sont les risques pour la famille en expatriation ? Repartir à zéro sous de nouvelles latitudes expose-t-il à des difficultés supplémentaires ou s’avère-t-il un facteur de succès ? En fait, tous les cas de figure sont possibles, même s’il ressort que pour réussir, le projet de partir vivre à l’étranger doit bien être partagé par tous.

Famille et expatriation : l’union sacrée ?

Même si les conjointes d’expatriés français ne sont pas très considérées par les employeurs qui envoient leur conjoint en terre étrangère, le monde de l’entreprise n’est pas dupe. Un salarié qui s’expatrie avec femme et enfants s’adapter plus vite dans le pays de destination. Car la famille reste un socle pour l’individu en rupture d’amarres sur le plan culturel. Elle atténue le sentiment d’être étranger, tout en faisant barrage à la solitude. Elle amortit donc la rudesse de l’atterrissage. La devise « un pour tous, tous pour un » s’applique parfaitement aux familles lors d’une mobilité internationale. On y voit se resserrer fortement les liens. Face aux difficultés quotidiennes, chaque membre est conscient de son besoin accru des autres et s’appuie temporairement sur eux, selon un système d’échanges réciproque. Cette nouvelle solidarité transforme d’ailleurs l’équilibre des relations familiales qui primait auparavant. Chaque famille est traversée par un réseau de liens affectifs particulier, mêlant amour et rivalités. Un départ à l’étranger redistribue un peu les cartes, soufflant l’accalmie sur les relations de la famille en expatriation. Dans l’adversité, les membres se rapprochent et font bloc face à l’anxiété que génère le changement.

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Mais, il y un revers de la médaille, si l’un des membres de la « tribu » donne des signes de faiblesse évidents. Il s’agit souvent de la mère de famille, qui peine à trouver sa place dans le pays d’accueil. Souvent, elle n’a pas bien mesuré l’impact d’abandonner son activité professionnelle, ni les conséquences de l’éloignement de sa famille et ses amis. Elle peut glisser lentement vers un processus dépressif en ne trouvant ni sa place, ni son intérêt dans ce projet d’expatriation. Cela peut mettre en péril l’équilibre de la cellule familiale qui n’arrive plus alors à se souder. Ce danger, qui guette la famille en expatriation, met en évidence un point important : les épouses ne doivent pas être « convaincues » par leur conjoint de partit vivre à l’étranger. Elles doivent y réfléchir pour elles-mêmes et se projeter à l’étranger avec leurs propres perspectives, sans se censurer. Partir avec le sentiment de s’effacer, c’est partir avec le risque de se refermer sur soi face aux difficultés. Or, la dépression d’un seul membre de la famille en expatriation, peut compromettre l’équilibre de toute la cellule familiale, et rejaillir sur l’adaptation de chacun dans le pays d’accueil. Elle va générer de plus, de la culpabilité chez le conjoint qui aura initié le projet de partir. Culpabilité de priver sa conjointe d’un emploi, et parfois aussi culpabilité de priver ses enfants de leur famille dans leur pays d’origine.

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L’adaptation à l’étranger

La famille expatriée maintient sa cohésion, dans une instabilité parfois récurrente, notamment lorsqu’elle s’expatrie successivement vers plusieurs destinations. Quelques caractéristiques importantes sont à retenir, concernant notamment l’équilibre des enfants : les parents sont le seul port d’attache, la stabilité familiale se crée dans le mouvement et les repères identitaires familiaux vont s’assouplir. Il existe des comportements qui facilitent l’adaptation de la famille en expatriation.

  • S’ouvrir à la vie à l’étranger est le premier. Les facilités économiques offertes par l’expatriation ne sont pas le seul intérêt de l’aventure. La famille va bénéficier d’une vie plus riche aussi sur le plan des rencontres, des langues étrangères et de la variété des cultures visitées. La vie des familles en expatriation ne devrait jamais, en principe, leur laisser le temps de s’ennuyer !
  • Autre conseil utile pour les familles expatriées : maintenir son identité en conservant des cadres comme l’usage de la langue d’origine à la maison, ses principes d’éducation et les traditions auxquelles on tient. Il s’agit d’un équilibre à trouver, dans un contexte multiculturel où la famille jongle avec ce qu’elle autorise socialement à l’extérieur, et ce qu’elle tolère dans l’intimité.

Même si les enfants peuvent manifester un plus fort attachement au pays d’accueil, il est important, en effet, qu’ils sentent leurs parents détenteurs de valeurs et de repères stables. Une famille a son propre écosystème. Elle fait face en permanence à des difficultés d’ordre externe, qui se multiplient en expatriation, et à ses propres difficultés intimes de fonctionnement . Avant de partir, il faut donc penser à ce que l’expatriation va bousculer dans ce processus. À la base, chacun a son équilibre, mais les rôles sociaux vont se modifier avec un départ en expatriation. La figure paternelle devient distante, sur investie à l’extérieur, et la mère perd son indépendance pour retrouver un rôle ancillaire et domestique. Selon l‘âge, la personnalité et les difficultés de chacun, ces changements risquent de rendre la cohésion difficile à maintenir, et de peser lourd sur les épaules des plus résilients. Pascal Couderc, psychologue pour expatriés, intervient auprès des français de l’étranger dans le monde entier, grâce à Skype et aux consultations en ligne. Problèmes conjugaux, ado en crise, choc culturel, rapatriement : confiez-lui vos difficultés d’expat.

La dépression du conjoint « suiveur »

La dépression du conjoint suiveur

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La dépression du conjoint suiveur, est, comme toutes les dépressions, est un état de souffrance psychique lié à une perte, souvent mal identifiée et mal vécue par les proches. Lorsqu’il frappe un conjoint d’expatrié,  soucieux de soutenir son partenaire et de réussir l’aventure, elle se vit en plus dans la culpabilité. Pourtant, compte tenu des sacrifices auquel il consent, cette dépression n’apparaît pas par hasard.

Un phénomène majoritairement féminin

  La dépression du conjoint suiveur en expatriation concerne les femmes, qui par amour et attachement inconditionnel à leur famille, acceptent de mettre en sourdine leur carrière professionnelle en partant. Cette situation concerne moins leurs homologues masculins, car même si le phénomène progresse, les hommes restent minoritaires à partir aux côtés de leur compagne. La raison invoquée pour refuser de suivre reste, on s’en doute, la peur de ne pas retrouver sur place de situation professionnelle. Par conséquent, un tiers des femmes qui souhaitent s’expatrier pour raisons professionnelles le font seules, le célibat géographie étant chez elles souvent la norme. Dans ce contexte où l’expatriation reste synonyme de sacrifice pour les femmes, on ne s’étonnera donc guère que la dépression du conjoint suiveur les frappe. Détail intéressant : 70 % des femmes d’expat sont diplômées et poursuivent souvent des carrières intéressantes avant leur départ. La désorientation n’en est que plus grande lorsqu’elles se retrouvent confinées dans une vie facile, mais dénuée de toute évolution personnelle.  

Les sentiments du conjoint suiveur

  Comment s’installe la dépression d’un conjoint suiveur ? Toutes les femmes qui la subissent s’accordent sur un sentiment pénible de vide, lié à la perte de leurs occupations antérieures. Plus qu’un job, elles perdent leur vie sociale, une stimulation quotidienne et un pilier important de leur équilibre. Insidieusement, un écart va se creuser avec le conjoint, qui rentre chaque soir, encore chargé des préoccupations d’une vie professionnelles trépidante. Les attentes en termes de communication vont donc différer de part et d’autre, ce qui creuse un fossé d’incompréhension. Isolées dans la sphère domestique, les femmes éprouvent fréquemment des sentiments ambivalents. Une certaine colère peut naître à l’égard de cet époux, responsable de leur odyssée, mais qui poursuit lui, insouciamment son chemin… Conjointement, la culpabilité s’en mêle, car elles se sentent fautives de leur négativité. Elles savant que ce sont elles qui ont accepté de partir et qui par fierté, ont du mal à admettre l’échec. Enfin, la souffrance que fait naître la dépendance matérielle occupe une place que l’on minore dans la dépression du conjoint suiveur. C’est certainement son aspect symbolique qui la rend si difficile à porter. Pour des femmes qui ont appris à gagner autonomie et respect par le travail, s’amuser avec de l’argent qu’elles n’ont pas gagné crée une forme de tension qui les mène à culpabiliser et à déprimer.  

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La dépression du conjoint suiveur

  Certains symptômes de la dépression du conjoint suiveur peuvent s’installer à la faveur d’un malaise qui dure. Chaque cas est différent car chaque femme va, selon sa situation propre, tenter de retrouver du soutien. Souvent, c’est la famille qui est sollicitée en premier. Elle peut être d’un appui précieux, même si parents ou amis fidèles sont peu familiers avec le pays d’accueil. S’en remettre aux siens exacerbe le mal du pays et peut finir par conduire à l’isolement et au retour. Rappelons que le déclenchement d’une dépression se nourrit toujours d’une perte. La situation de la femme d’expat lui offre donc un terrain privilégié, avec le deuil de son identité antérieure et de son autonomie. Les symptômes les plus courants de la dépression du conjoint suiveur, se traduiront par des troubles du sommeil, des maux de tête, des idées noires, des crises de larmes, une baisse de la libido… Si l’autre conjoint s’enferme dans l’impuissance ou l’indifférence, les problèmes de sa compagne peuvent dégénérer en addictions (dépendances alimentaires comme la boulimie, alcool, antidépresseurs…). Les signes de la dépression sont aujourd’hui bien connus et authentifient ce mal-être comme une maladie affectant la santé mentale. Les personnes en souffrant manifestent un désintérêt généralisé pour l’existence, un ralentissement général ou une hyperactivité, une dévalorisation importante, des troubles cognitifs… Certains déprimés anxieux s’accrochent à leur compagnon de façon excessive, quand d’autres, au contraire, lui manifestent rejet et agressivité. Il est préférable, bien sûr d’être réceptif au désespoir d’un conjoint suiveur, bien avant que les problèmes n’affectent sa santé physique. Lorsque le dialogue est rompu, il est possible de réapprendre à se comprendre en passant par l’aide d’un psychologue pour expatrié. Que peut faire ce professionnel ? Faire parler chacun et identifier les blocages pour amener les protagonistes à trouver des solutions, lorsqu’elles peuvent encore être trouvées. Pour certains couples, la psychothérapie peut conduire à évoquer le retour, préférable à un divorce ou à la maladie de l’autre partenaire. Pour d’autres, il sera question de comprendre les angoisses d’un partenaire qui ne travaille plus, pour le rassurer sur sa place au sein du couple. Pour d’autres, enfin, il sera question d’aider sa moitié à assurer son avenir, en ne tenant plus peut-être pour gratuit, ce sacrifice qu’elle fait justement, en acceptant de « suivre ».

Pascal Couderc, psychanalyste et psychologue clinicien depuis plus de 30 ans, aide déjà de nombreuses femmes, expatriées à travers le monde, à supporter leur mal de vivre. pour le contacter, c’est ici.  

Célibat géographique : le couple à l’épreuve

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Le modèle du couple marié partant affronter les défis de l’expatriation main dans la main est en perte de vitesse aujourd’hui. Le désir des femmes de ne plus renoncer à leur carrière ou les départs vers des destinations « à risques » incitent de plus en plus les hommes à partir sans leur famille. Peut-on dire que le célibat géographique est pour autant une solution plus facile pour le couple ? Non, car le couple doit apprendre aussi à se réinventer dans cette nouvelle configuration.

 

Le célibat géographique ou un autre visage de l’expatriation

Le célibat géographique est lié à une multitude de contextes où il est jugé préférable que conjointes et enfants restent au pays. Cette solution a longtemps été celle des couples mariés d’expatriés vers une zone géographique « à risques » ou exerçant des professions militaires, mais elle ne leur est plus aujourd’hui exclusivement réservée. Les femmes d’expatriés peuvent refuser d’interrompre leur carrière et d’affronter l’isolement relationnel et familial de la « femme d’expat » suiveuse. La poursuite des études des enfants ou la présence nécessaire auprès de parents malades ou vieillissants peuvent aussi être d’autres raisons de continuer à loger dans son pays d’origine. Le célibat géographique va alors s’imposer comme une séparation nécessaire, mais temporaire, des conjoints et de leur famille. Un éloignement qui va bien vite bouleverser le quotidien des uns et des autres.
L’homme muté, qui doit déménager seul, est amputé de tout le soutien émotionnel et logistique de sa compagne et de son foyer. Les entreprises ne sont pas dupes et savent que ces expatriés, dénommés aussi « célibataires géographiques » montrent plus de difficultés d’adaptation à leur nouvel emploi et à leur nouveau lieu de travail. Quant aux épouses restées au pays, c’est le poids d’un quotidien pesant sur leurs seules épaules qui les attend.

 

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Les dangers de l’éloignement

Si le célibat géographique préserve femmes et enfants du choc culturel, il engendre d’autres difficultés dont la plus grande est la solitude.

Que reste-t-il du couple, lorsque l’union subsiste sans la vie ni résidence commune ? Peut-on toujours imaginer et ressentir les difficultés de l’autre à distance ? L’expérience montre plutôt que non, car les préoccupations quotidiennes prennent le pas sur les pensées, poussant chaque conjoint à évoluer de son côté. Cet état d’esprit est provoqué aussi par une volonté de se protéger, d’affronter la séparation vécue comme nécessaire. La situation est au demeurant inconfortable, car une mobilité géographique nuit à l‘intimité du couple. Un certain malaise se ressent de part et d’autre.

Il n’est pas un mystère que le célibat géographique est source de culpabilité et d’inquiétudes pour le conjoint parti pour son activité professionnelle. Ces sentiments sont amplifiés par le regret de ne plus prendre part à la vie familiale, de ne plus assurer son rôle de soutien et par la peur, parfois, de voir son influence parentale diminuer.
Du côté de l’épouse, des ressentiments et de la frustration peuvent s’accumuler. Il n’est pas facile de mener de front éducation des enfants et carrière professionnelle en parfaite autonomie. Ce poids pèse souvent et peut se traduire par des attitudes négatives envers l’époux ou le concubin absent. Sous couvert de le protéger, on lui cachera par exemple des nouvelles familiales, ce qui aura pour effet aux yeux des autres, de le poser en déserteur.

Difficile, on le voit, de maintenir un équilibre familial « à distance ». Un autre danger guette l’expatrié en situation de célibat géographie. L’éloignement progressif mais définitif peut s’immiscer petit à petit dans son couple. Au départ, en effet, la mobilité internationale est provisoire, mais petit à petit, les échéances peuvent être repoussées. On observe le même danger, lorsque la famille s’est expatriée ensemble, mais que les déplacements continuels et prolongés du père de famille se multiplient. Il est conseillé, à cet égard d’être vigilant, pour ne pas perdre son couple. Se fixer une durée limite de séparation est une précaution intelligente pour ne pas laisser les années de séparation s’écouler avant que de réaliser que la relation conjugale s’est dissoute. Un couple qui se voit moins et qui communique mal perd pieds insidieusement. L’absence est un mal auquel on s’habitue : mieux vaut tirer la sonnette d’alarme lorsqu’il est encore temps.

 

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Se protéger

Face aux problèmes que posent l’éloignement géographique, chaque couple est amené à s’organiser pour entretenir son intimité à distance.

Des contacts réguliers sont la plupart du temps organisés, par Skype ou par téléphone. Ils permettent d’entretenir le lien et de meubler la distance par une forme de présence. Les moments de retrouvailles donnent aussi lieu à des préparatifs particuliers : on insiste sur le côté festif ou on cherche à « rattraper le temps perdu » en se planifiant des temps forts au domicile familial.

Le secret des couples qui durent, en dépit de la mobilité professionnelle du conjoint,  serait de savoir apprendre à construire une nouvelle communication. La distance sert aussi à nourrir l’indépendance et l’altérité de chacun. On apprend à se passer du soutien inconditionnel de l’autre pour n’évoquer que les choses qui comptent. Débarrassée de nombreuses futilités, la relation peut gagner en confiance et en profondeur. L’éloignement géographique se négocie alors comme un passage, qui aura peut-être fait grandir chacun.

Pour ceux qui peinent à faire face à leur nouvelle vie au départ, un soutien doit être recherché au niveau de l’entourage. Il est important, en effet, notamment pour une conjointe qui assume seule les charges de famille, de trouver d’autres relais affectifs dans sa vie personnelle. Le repli sur soi peut être dangereux lorsque la situation est mal supportée. Le célibataire géographique en proie au mal du pays peut aussi trouver sur Skype aujourd’hui, l’appui d’un thérapeute dans sa langue, notamment pour l’aider à passer certains caps difficiles.

Ces liens qui tiennent et qui retiennent

Ces liens qui retiennent

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L’expatriation est pour celui qui part une source de découverte et d’opportunités. Mais partir vivre loin de sa famille n’est pas toujours simple, tant il peut être difficile pour ceux qui restent de “laisser partir“…  Les enjeux, en effet, dépassent le simple dilemme de l’éloignement. Les liens du sang peuvent être des liens qui en entravant les choix personnels, réduisent les perspectives et génèrent de la dépression en expatriation.

Annoncer son expatriation à sa famille

La nouvelle d’un départ en expatriation n’est pas toujours bien accueillie au sein des familles. Bien souvent, ce sont les parents des futurs expatriés qui font de la résistance et cela va se manifester par une méfiance excessive. Craignant de perdre leur progéniture sous des cieux hostiles, leur principale réaction se résume en une phrase : « Mais qu’est-ce que vous allez faire enfin, là-bas ? « On y décèle un mélange d’incompréhension, de peurs voire de désespoir qui se traduisent par un refus du changement. Plusieurs facteurs l’expliquent. L’éloignement est le premier. Il pose problème surtout lorsque les parents commencent à vieillir et que l’on s’apprête à mettre une distance de plusieurs milliers de kilomètres avec eux. Plus grave, le sentiment d’abandon est souvent présent. Il s’accompagne de la déception pour les parents, de ne plus jouer de rôle dans la vie de leurs enfants et du renoncement au lien intergénérationnel avec leurs petits-enfants. Avec une expatriation, c’est un chapitre de l’histoire familial qui s’achève, celui qu’ils ont bâti. L’histoire continuera sans eux, et ailleurs, ce que certains acceptent très mal. Sous le couvert de reproches et de mises en garde, il ne faut pas s’y tromper, c’est d’angoisse de séparation qu’il s’agit. La famille, noyau protecteur où s’édifie la personnalité des enfants, joue alors les rétentrices. L‘expatrié va en concevoir souvent une souffrance morale qu’il refoule, mais source ensuite de dépression en expatriation. Il est difficile, en effet, d’aller vivre loin de sa famille si la culpabilité vient peser sur l’entreprise. Ce sont les épouses qui « suivent » leur conjoint qui en sont curieusement les premières victimes. Cela s’explique par le fait qu’elles renoncent souvent avec ce départ, à des ambitions professionnelles auxquelles la famille a participé, notamment en finançant leurs études. La déception de l’annonce d’un départ peut être telle qu’elle en arrive à faire naître la méfiance envers le conjoint. Certaines familles peuvent aller jusqu’à le dénigrer, estimant que leur fille est en train « de se faire avoir ». D’autres vont maintenir une pression constante sur leur enfant pour qu’elle retrouve impérativement un travail dans le pays d’accueil… Pourtant, cela n’est pas la protéger que d’agir de la sorte. Si plus tard, elle rencontre certains problèmes propres aux femmes d’expats (pensées négatives, troubles anxieux, mélancolie, vulnérabilité), elle aura tendance à le taire par fierté et à s’enfoncer dans l’isolement. Elle préférera souvent s’en remettre à un traitement médicamenteux, plutôt que d’avouer une dépression nerveuse aux sirènes qui lui avaient prédit son malheur !  

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Famille et dépression en expatriation

Les tiraillements et diverses pressions que subit un expatrié dans sa propre famille sont extrêmement néfastes sur le plan psychologique. C’est une chose dont l’on parle peu à l’occasion d’une expatriation, bien que la culpabilité fasse naître une véritable douleur morale.  Culpabilité de ne plus être présent, d’éloigner les enfants, de pas être là en cas de deuil ou de maladie…. Mal assumée, elle peut virer au sabotage personnel, et faire capoter tous les espoirs que l’on avait placés dans une expatriation. On se doute que la dépression en expatriation est incompatible avec la réussite de l’entreprise. Les problématiques d’un attachement névrotique vont « tenir » et « retenir » un expatrié dans sa progression, jusqu’à parfois le faire rendre dépressif pour le faire revenir. On touche là à l’une des raisons inconscientes qui peuvent motiver un départ à l’étranger : fuir ses conditionnements et ses limites, dont certaines ont été inculquées par l’éducation. Mais la question est : en est-on toujours capable ? Certains expats témoignent que l’expatriation a provoqué en eux les changements qu’ils désiraient, en leur permettant de dépasser psychologiquement certaines barrières. Il est vrai que les défis du choc culturel impliquent des prises de risques qui sont autant de déclencheurs de transformation personnelle. Mais l’expatriation ne joue pas ce rôle, que peut jouer une psychothérapie, pour chacun ! De fait, pour réussir et vivre loin de sa famille, l’expatrié doit être suffisamment mature sur le plan affectif et ne pas rester aux prises d’une dépendance affective avec les siens. S’il réactive constamment des liens avec des parents toxiques au pays, il court le risque de connaître des conflits qui vont générer chez lui des problèmes comme un état anxieux, des troubles du sommeil et un sentiment de dévalorisation personnelle. Or, une dépression en expatriation est dangereuse, car l’équilibre d’une vie d’expat est fragile. Il est fait d’ajustements permanents à l’environnement. Raison pour laquelle, un coup de blues n’est jamais loin lorsque la culpabilité s’en mêle. La déprime peut alors s’installer sur le long terme et dégénérer en insomnie chronique, burnout, alcoolisme… Une psychothérapie de soutien peut aider, dans ce type de situation, à se réapproprier sa vie, en sortant de schémas de dépendance inconscients. Il en va pour l’expatrié de sa santé physique et de sa santé mentale, car les antidépresseurs ne sont, dans ce cas, qu’une solution à court terme. 

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Vivre loin de sa famille implique de commencer à écrire sa propre histoire. Il n’est plus possible, dès lors, de s’encombrer des problématiques d’un passé familial. Néanmoins, celles-ci continuent de peser sur ceux que l’on laisse au pays et qui voudraient bien que l’on s’y attelle de nouveau ! Cela se comprend dans le sens qu’ils ne souhaitent pas, inconsciemment, en subir seuls le joug. Le terme de « devoir familial » sera d’ailleurs évoqué pour motiver un retour. On peut donc voir dans le refus de l‘expatriation des enfants, le refus de les voir s’affranchir de poids hérités du passé. Certains expatriés ressentent, à tort ou à raison, cette pression comme une forme de jalousie. Ce sentiment pénible occasionne parfois une prise de conscience des rapports qui le lient aux siens et à mieux comprendre la lourdeur des déterminismes qui sont les leurs. Les réactions « égoïstes » d’une famille lors d’une expatriation ne sont pas rares. Elles sont en général totalement inconscientes et n’ont pas pour but de causer du tort à l’expatrié et à sa famille.

Mieux vaut affronter la sévérité des siens en « vidant son sac » avant de partir, plutôt que d’endurer une culpabilité, une fois sur place. Si le dialogue est bloqué, il peut être utile de discuter avec un psychothérapeute spécialiste de l’expatriation, pour faire le point sur les vraies motivations de son départ et lutter contre l’incapacité de s’affranchir.

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