Faut-il forcer les ados à partir ?

Faut-il forcer les ados à partir ?

 

ado-expatrié

 

Partir en famille pour les expatriés, c’est l’assurance de faire bloc à plusieurs face aux changements et surtout de conserver ce cocon protecteur. Oui, mais si un ou plusieurs ados sont de la partie, tout se complique. En raison des tourments très spécifiques de son âge, l’ado expatrié n’envisage pas un départ à l étranger sans beaucoup d’appréhensions.

 

Les difficultés de l’ado expatrié

Il n’est certainement pas facile pour l’ado expatrié, en proie avec les grands torrents d’énergie qui le traversent, de se confronter à une vie toute nouvelle et déstabilisante. Le grand révolté qu’est l’adolescent cherche en réalité sa place dans le monde et la mobilité internationale qui bouleverse ses repères n’est pas la meilleure chose qui puisse lui arriver !

Si un ado exprime une forte grogne à l’idée de partir vivre à l étranger, c’est d’abord parce qu’il y voit la rupture avec ce qui constitue souvent le centre de sa vie : ses proches amis ou sa « bande ». On le sait, les ados aiment la tribu, qui les façonne autour d’un mode de vie propre à leur génération : look vestimentaire, goûts musicaux, sorties… La force de cet attachement explique la première réaction d’un ado expatrié, souvent violente, à l’idée de partir au bout du monde. C’est en sorte un petit monde qui s’effondre, à un âge où l’on se sent, secrètement, mais profondément vulnérable.       
Le mécontentement qu’un ado expatrié exprime est donc légitime, car les sentiments éprouvés à l’adolescence sont particulièrement intenses, et les ruptures forcées n’en sont que plus douloureuses. Les ados ont besoin que leurs attachements durent, au risque d’éprouver plus tard un manque de confiance dans leurs relations, et une certaine frilosité à s’en créer de nouvelles. À cet égard, la nécessité pour l’ado de maintenir une continuité dans ses relations après un départ est très importante : mails, Skype, courriers, les moyens modernes ne manquent pas.

Autre point important qui va intervenir chez l’ado : la peur de se retrouver dans le giron familial. Le passage de l’adolescence sert à s’émanciper de la famille, et cette distance est nécessaire. Or, partir en famille resserre les liens, ce qui équivaut pour l’ado expatrié à une cohabitation qui peut se révéler parfois électrique. Lui qui se bat pour s’affirmer comme jeune adulte, le voilà qui retourne en arrière à plus d’un titre. Il est de nouveau soumis à cette autorité parentale qu’il conspue et doit remettre les compteurs à zéro au niveau de sa construction identitaire. Nouveaux amis, nouvelle langue, scolarité différente : tout est à refaire et le met en situation de s’adapter, d’être compris, accepté… Autant dire qu’il s’agit d’un frein temporaire dans son évolution qu’il peut mal accepter. Il faut en moyenne 6 mois, quand tout se passe bien, pour qu’un ado expatrié crée de nouveaux liens et commence à s’intégrer au pays d’accueil. C’est au prix de cette adaptation qu’il commence à bénéficier pour plus tard, des bienfaits de son expatriation : horizons et intérêts plus larges, grande adaptabilité, choix plus éclectiques dans sa vie professionnelle…

 

ado-exptarié

 

Partir ou rester ?

Pour un ado en pleine crise, il peut ne pas être souhaitable de tenter l’aventure de l’expatriation. L’écoute des parents est importante pour déterminer s’il n’est pas mieux pour lui de rester dans son pays d’origine, auprès de grands-parents ou dans un pensionnat.

Les psychologues spécialisés dans les questions de l’expatriation déconseillent aux Français de l’étranger de soumettre leurs adolescents à trop d’expatriations répétées. Un enfant expatrié une fois dès l’enfance, puis de nouveau à l’adolescence, perdra les repères identitaires des jeunes de sa culture natale. S’il s’est culturellement bien acclimaté à ses expatriations, l’ado expatrié compense ces manques par son ouverture au monde en développant plus de tolérance, de compréhension, et acceptation de l’autre.           
Néanmoins, les déplacements répétés sont déconseillés, car ils perturbent la capacité à créer plus tard des liens durables. Ces enfants, sortis du cadre familial, n’auront jamais connu de relations stables dans le temps, ce qui va influer sur leur caractère. Ils auront souvent développé des capacités d’adaptation remarquables, qui leur permettront de se débrouiller dans n’importe quel contexte, mais souffriront d’un manque de profondeur dans leurs relations.

Par ailleurs, il peut être difficile de motiver un ado pour aller vivre dans un autre pays. Certains sont tentés par l’aventure, tout en exprimant le contraire. Car ils ne veulent pas avoir l’air d’être celui qui suit encore ses parents tout en étant secrètement excité à l’idée d’aller découvrir un nouveau pays et de nouveaux horizons.

S’expatrier avec toute la famille au complet n’est pas forcément une bonne idée, quand les enfants ont atteint un certain âge. Une séparation peut être préférable à une adaptation difficile sur place. Tout l’équilibre familial, déjà mis à rude épreuve, peut souffrir du mal-être d’un ado, voir même provoquer un rapatriement. Les parents expats qui se retrouvent en difficulté ne doivent pas hésiter à trouver de l’aide auprès d’un spécialiste, comme le psychothérapeute pour expatrié. Les difficultés peuvent, de fait, commencer à s’aplanir, dès que le dialogue se restaure.

 

 

 

2 moments clé pour consulter sur Skype

psychologue-skype

S’offrir le soutien d’un psychologue sur Skype, les femmes d’expat n’y pensent pas assez souvent,  car ce cadre thérapeutique demeure assez récent. Il peut pourtant changer la vie de nombreuses femmes expatriées, isolées dans une vie « sous vide », facile, mais terriblement vidée de sens. Quand doivent- elles s’inquiéter et penser à l’aide de la thérapie ?

Un psychologue sur Skype pour sauver son couple

Il n’est pas facile pour une femme de passer du statut de femme active, définie par son métier, ses relations sociales et sa fonction à celui de « femme de ». Or, il s’agit là d’un véritable stigmate qui frappe la femme d’expat, lorsqu’elle commence à consulter un psychologue sur Skype. Passer d’une vie indépendante à l’ombre de son conjoint, ne peut se faire sans heurt et exacerbe les tensions au sein de son couple. Le problème vient, en partie du décalage, entre un homme qui progresse, même s’il lutte continuellement avec d’énormes pressions, et sa femme qui stagne, tout d’un coup sans but et sans utilité.

Il est compliqué pour les hommes de comprendre la perte identitaire qui affecte profondément leur compagne. Plus ou moins consciemment, les sacrifices auxquels la femme consent, notamment vis-à- vis de sa vie professionnelle sont souvent ressentis comme une dette. Ce facteur accroît le sentiment de culpabilité de l’homme et bloque le dialogue. Il dira et pensera souvent que son épouse « a tout pour être heureuse », sans réellement prendre conscience de sa souffrance psychologique. De son côté, elle s’en voudra de « gâcher une si belle aventure » et culpabilisera longtemps avant de penser à consulter un psychologue sur Skype.

psychologue-skype

Pour sortir de ce cercle infernal, il est possible de renouer le dialogue. La psychothérapie par Skype va aider les femmes, dans un premier temps, à exprimer leur angoisse, puis à prendre plus de distance avec la situation.

Il est important pour elles d’arriver à exprimer les raisons légitimes de leur insatisfaction sans en faire endosser l’entière responsabilité à leur partenaire.

Trop de couples partent vive à l’étranger avec l’espoir inconscient que l’expatriation solutionnera des problèmes de couple déjà existants. Or, l’expatriation n’a rien d’une lune de miel, mais semble au contraire éprouver les capacités d’autonomie des 2 partenaires.

Quand il faut vaincre la dépression

Solitude et silence… C’est un peu l’ambiance d’une vie de femme d’expat, lorsqu’elle commence à consulter un psychologue sur Skype, après sa phase d’installation. Généralement à ce moment –là, elle subit la courbe en U de l’expatrié, quand il s’agit de retisser un tissu social autour de soi et que le moral est au plus bas.             
La question d’un accompagnement psychologique se pose aussi par rapport au deuil de leurs attachements passés laissés au pays : famille, amis, collègue…  Si l’on rajoute à cela parfois l’influence du climat et des contextes sécuritaires, parfois stressants, on comprendre mieux comment  l’expatriation a souvent raison du moral des femmes.    

psychologue-skype

Retrouver un dialogue soutenant avec un psychologue en ligne prévient le grand danger qui les guette : le repli sur soi et sur le cocon familial.     

    
Car, tout individu, quel qu’il soit, a le besoin d’être entouré, au risque de perdre son propre sentiment d’exister et de ressentir une insécurité profonde. C’est le vide et une perte d’estime de soi qui finit par s’installer chez celles qui optent pour le repli. Il génère à la longue des troubles psychiques croissants qui peuvent dégénérer en problèmes dépressifs plus graves : troubles anxieux, addictions aux médicaments, à l’alcool…

Trop souvent un sentiment de honte accompagne ce genre de situation, vécue dans l’impuissance et la culpabilité. Les femmes ont tendance à cacher le malaise, car elles se sentent incomprises, quand pourtant 90 % des échecs de couple en expatriation seraient liés à leurs problèmes dépressifs. Celles qui s’en sortent apprennent à se construire leur petit monde, mais souvent grâce à une aide extérieure : une amie ou un psy en ligne.

Les femmes ont besoin de pouvoir exprimer leur ressenti à nouveau : colère, révolte, abandon en s’émancipant de toute culpabilité. Internet leur offre une véritable liberté, car la fenêtre de l’ordinateur permet d’évacuer ses sentiments trop forts et inavouables. Le web aide à trouver aussi la bonne oreille, même quand tout espoir semble être perdu. Les expatriées qui ont découvert la psychothérapie en ligne le disent : elles ont retrouvé une écoute qui leur a permis de se sentir en vie à nouveau, alors que leur contexte les poussait à s’éteindre à petit feu.

Quand toutes les issues semblent bouchées en expatriation, la thérapie en ligne ouvre un nouvel espace de parole, en dépit des distances. La dépression en expatriation peut être passagère comme elle peut s’inviter pour longtemps. Il ne faut pas hésiter à se faire aider avant que les choses ne prennent un tour définitif.

Pascal Couderc est psychologue clinicien et psychanalyste. Il apporte un soutien psychologique aux femmes expatriées qui ne trouvent pas de thérapeutes sur place. Spécialiste des problèmes d’addiction et des troubles du comportement alimentaire, il connaît les risques psychosociaux qui pèsent sur les femmes expatriées. La plus grande discrétion et le secret professionnel sont garantis lors d’une consultation en ligne.  

 

 

 

 

(pas de titre)

Le chômage de la femme expatriée et ses risques

 

femme-expat

En s’expatriant, les femmes sont encore trop peu conscientes des répercussions que leur départ à l’étranger va provoquer sur leur vie professionnelle. Plus de 90 % des conjoints suiveurs sont des femmes et parmi elles, à peine 50 % parviennent à rester actives professionnellement dans le pays de résidence. Une situation qui fragilise la femme expat, dans son équilibre personnel autant que familial.

 

Quelle vie professionnelle pour une femme expat ?

Le travail pour une femme représente plus qu’un simple pouvoir économique, il est aussi générateur d’identité et d’équilibre personnel. Si une femme expat oublie souvent cet aspect de sa vie en partant, l’atterrissage n’en est que plus rude.

Les femmes n’anticipent pas encore suffisamment ce que sera leur vie professionnelle en suivant leur époux. Car elles sont nombreuses à voir dans leur départ l’occasion de faire une pause, sans penser que les réalités sur place répondront rarement à leurs aspirations.

Car des difficultés administratives et logistiques posent en général rapidement un veto, avec des complications de tous ordres. Selon les destinations et les pays, les visas de travail peuvent être purement impossibles à obtenir pour une femme d expatrié, ou la concurrence avec les travailleurs locaux s’avérer très rude. Une femme expat active, habituée à donner un sens à sa vie par le travail, tente de lutter en général, mais subit une grande désorientation. Bien souvent, ce sont d’interminables démarches qu’elle peut mener courageusement durant de longs mois en voyant toutes les portes se refermer. La situation est souvent telle que les expatriées sont nombreuses à témoigner que leur expatriation en tant que conjointe, a remis le compteur de leur vie professionnelle à zéro.

femme-expat-chômage

Face à ce constat, une femme expat se retrouve confrontée à un choix qu’elle n’avait pas toujours entrevu. Elle peut accepter de perdre toute activité et se rabattre sur son foyer et sur une vie divertissante. Elle peut aussi envisager une remise en question totale de ses acquis antérieurs et tenter de se reconstruire dans une autre activité. On voit ainsi des femmes expat devenir entrepreneuses ou s’investir à corps perdu dans les œuvres humanitaires du pays d’accueil. Mais, n’en déplaisent aux nombreux chantres de l’expatriation-succès, ces dernières ne sont pas les plus nombreuses : la destination finale d’une femme d’expat restant le plus souvent, son foyer.

 

Les risques psychosociaux

Une femme expat, contrairement à son conjoint, ne s’expatrie pas pour réussir, mais avec l’idée de s’effacer temporairement et de se dévouer. Un déplacement de ses priorités s’observe alors de sa sphère professionnelle vers sa sphère privée. Dès lors qu’elle s’expatrie avec mari et enfants, les femmes d’expatriés ne se construisent plus pour elles-mêmes, mais au travers de leur famille. Leur reconnaissance personnelle ne passera donc plus par une valeur acquise sur le plan personnel, mais au travers du bien-être des autres. Dès lors, c’est le succès et la satisfaction des leurs qui devient le baromètre de leur bonheur et de leur sentiment d’utilité. Si le changement est choisi au départ, il deviendra plus pesant, au fur et à mesure qu’il sera subi.

On peut voir là l’origine des nombreux freins qui vont retenir une femme expat à continuer sa carrière. Car il s’observe des résistances chez le mari et les enfants qui n’acceptent pas de perdre la disponibilité de celle qu’ils considèrent comme leur principal appui. On ne peut s’empêcher de penser à ce titre, que l’expatriation ramène les femmes en arrière pour les replacer dans une position ancillaire et domestique. On comprend mieux ainsi les pressions psychologiques à l’œuvre qui s’exercent sur celles qui n’arrivent pas à s’organiser en vue d’un travail. Elles préféreront souvent reporter les questions de garde d’enfants à quand elles auront le job : entretenant par là le frein qui les empêche justement de trouver le dit job.

Un autre frein psychologique va venir chez la femme expat de sa zone de confort, ou du train-train d’une vie sans difficulté, mais sans saveur. Car elles restent nombreuses à chercher une occupation, tout en se laissant bercer par une sécurité au final génératrice d’ennui. Le confort est dangereux, car pour se concrétiser, leur projet professionnel aurait besoin d’action, or toute impulsion est contrée par une forme de relâchement.

Les conséquences de cette situation sont funestes et peuvent aller jusqu’à provoquer le rapatriement de celles qui ne peuvent se résoudre à perdre un sentiment d’utilité sociale. Le chômage ou l’ennui d’une femme expat est aussi l’un des premiers générateurs de tension au sein du couple. Les conjoints peuvent adopter une froide indifférence, quand leur sécurité financière leur garantit, selon eux, de garder « bien au chaud » leur épouse. Bien souvent, une certaine culpabilité s’installe cependant, non sans gêne et éloignement. Toujours est-il que l’homme poursuivra son ascension sociale, au détriment d’une conjointe qui trop souvent, s’étiole.

Il est pourtant difficile pour une femme expatriée habituée à exercer une activité, de meubler sa vie avec des occupations futiles ou le confort de son foyer. Une fois la période de l’installation terminée,  vient le temps où la femme expat a besoin en plus de nouvelles relations. Or, elle regrette souvent les collègues qu’elle a laissés en France et ses anciennes sociabilités de travail. Confrontée au choc culturel, à une barrière de la langue et à son statut d’étrangère, cette perte génère d’autant plus de nostalgie et d’insatisfactions.

La réalité du chômage en expatriation expose, plus durement qu’ailleurs encore les femmes à des changements d’humeur et les rend irritables et anxieuses.          
Celles qui accusent cruellement la perte de leur activité sont exposées à une perte de leur identité professionnelle, qui se caractérisera par une perte d’estime de soi, un sentiment d’impuissance et une culpabilité vis-à-vis d’elles-mêmes. Les spirales dépressives ne sont pas rares, avec leurs risques de dérives vers des comportements addictifs ou suicidaires.

La question de garder un travail à l’étranger pour continuer de se construire au bout du monde est cruciale pour beaucoup de femmes qui suivent un conjoint expatrié. Celles qui souffrent d’une perte identitaire au travers d’un accomplissement professionnel manqué, nécessitent un accompagnement pour se reconstruire. Bien souvent, elles interpréteront à tort leur échec comme un échec personnel. La thérapie peut les aider à lui restituer sa dimension sociale pour renouer avec leur potentiel et leur créativité.

 

 

 

Affronter la solitude de l’expatriation

 

solitude

 

La solitude fait partie du blues de l’expatrié : une réalité que l’on préfère taire. Elle démystifie l’image trop lisse que les « sédentaires «  se font de l’expatriation, à grands renforts de fantasmes et de projections. Or, partir vivre à l’étranger ne permet pas d’échapper aux lois de la pesanteur en surfant sur un bonheur de carte postale. L’expatriation exige au contraire des combats permanents où l’isolement contribue à l’épuisement nerveux.

Solitude et blues de l’expatrié

On connaît le blues de l’expatrié qui se nourrit de l’éloignement des proches, de ses repères familiers et du besoin temporaire de renouer avec des attachements passés. Mais on parle peu du rôle joué par la solitude dans ce processus, alors qu’elle est omniprésente et que son poids pèse lourd dans le moral des expatriés.

Car, même s’il ne le réalise pas toujours au départ, l’expatrié se retrouve seul pour faire face aux grands défis que son adaptation exige de relever. Seul face au monde du travail dans le pays d’accueil et seul face aux autres, surtout, pour lequel il est toujours « l’étranger ».
La solitude se manifeste dans la vie des expatriés par un phénomène d’usure qui gangrène insidieusement le moral. Il peut s’agir d’une angoisse qui étreint au réveil et peuple la journée de sombres pensées. Elle peut engendrer la tristesse, le doute et entraver les efforts d’adaptation au nouveau contexte. Elle renforce surtout ce fameux mal du pays, qui les pousse à regretter parfois ce qu’ils ont fui : les réunions familiales, les jeux TV de leur enfance, la grisaille parisienne ou le goût d’un cassoulet.

La solitude de l’expatrié est singulière et douloureuse par le fait qu’elle se dissimule à l’entourage. Quand partir est synonyme de réussite et d’évolution par rapport à son milieu, il est difficile d’évoquer son vague à l’âme et ses incertitudes. La solitude de l’expatrié se tait souvent par honte de ne pas être à la hauteur et par peur de l’échec. Elle est en cela doublement douloureuse. D’autant plus que ce sentiment ne s’efface pas avec le temps. Les expatriés demeurent fondamentalement seuls face à eux-mêmes. Car même si les autochtones sont accueillants et s’ils aiment leur nouvel environnement, il leur faut malgré tout fournir un effort constant pour s’y adapter.

solitude-expatrié

La précarité des liens

Le caractère éphémère des liens amicaux et affectifs qui se lient en expatriation contribue à renforcer le grand sentiment de solitude des expatriés.
Les expatriations multiples contraignent à planifier des durées programmées à ses attachements, car on sait qu’il faudra repartir dans 3 ans. D’où le sentiment de superficialité attribué, non sans raison, aux relations nouées entre Français de l’étranger, dans les communautés d’expats.

Les expatriés qui restent sur place, affrontent en revanche le vide laissé par ceux qui les quittent. À la longue, la nostalgie de ces attachements rompus invite à se montrer de plus en plus frileux vis-à-vis de nouvelles relations. On voit là à quel point il est important, notamment pour les femmes qui vivent la solitude au foyer, de recréer un entourage familier stable. On parle à cet égard, chez les expatriés, du troc du « home sweet home » contre  le « home away from home ». Dès lors, chaque départ de ceux ou celles qui contribuent à cet équilibre chamboule tout l’édifice. Les expatriés éprouvent durement le sentiment d’être à nouveau seuls et de repartir à chaque fois affectivement, de zéro.

À cet égard, partir est plus facile que rester. Les jeunes expatriés qui espèrent partir à leur tour, sans y arriver, éprouvent des sentiments confus, mêlés de peine et d’envie. Il peut s’installer, chez ceux qui restent, peu à peu un sentiment d’abandon. Car les ruptures affectives à répétition renvoient plus ou moins consciemment à la première rupture des amarres vécue avec le pays d’origine. On voit pointer là les symptômes du déracinement, par le fait qu’il est difficile de reprendre pied sur une terre où l’on se sent toujours « en partance ».

La vie des expatriés semble soumise à un mouvement d’évolution sans fin aujourd’hui, ceux multipliant les expatriations faisant un peu office de modèles. Mais on peut voir aussi, dans cette quête perpétuelle d’un ailleurs, la fuite d’une prise de conscience provoquée par tous ces attachements rompus.

 

3 clés pour gérer la différence culturelle

angoisse-expatriation

Réussir à aborder le fossé de la différence culturelle est un facteur clé d’intégration en d’expatriation. Car les problèmes d’angoisse en expatriation naissent souvent de la peur d’être confronté à un environnement hostile. Les efforts importants d’adaptation qu’il faudra déployer ne sont pas, pour autant, insurmontables sur le plan psychologique. Explorons 3 pistes essentielles qui permettent d’aborder le virage dans de bonnes conditions.

Anticiper l’angoisse de l’expatriation au départ

Il est clair que nous ne naissons pas tous égaux en matière de capacité d’adaptation face au changement. L’angoisse que l’expatriation fait naître chez chacun est aussi relative à l’âge auquel on part, aux conditions familiales et bien sûr à la destination choisie. L’expatriation de la famille qui part pour la Chine, dans de relatives bonnes conditions, n’est pas la même que celle du jeune célibataire qui, dans un élan aventureux, part vivre définitivement en Nouvelle zélande.
Il convient donc de s’interroger, de manière à prévenir un trouble de l’adaptation, sur les réelles motivations qui poussent à partir vivre à l’étranger. Comment voyons-nous notre vie là-bas ? Arrivons-nous à discerner ce qui relève du rêve ou d’une démarche pragmatique dans ce projet ? Car pour éviter de se retrouver confronté à l’angoisse en expatriation, mieux vaut prévoir le fossé culturel avant de s’y frotter.
Pour éviter les déconvenues sur un pays et des coutumes locales, s’expatrier devrait toujours être un vrai choix, notamment pour les femmes. Trop souvent, une épouse « suit » son conjoint vers la destination d’expatriation correspondant à ses opportunités professionnelles à lui. Pourtant, elle doit se questionner aussi sur l’opportunité de cette nouvelle vie, par rapport à ses affinités à elle.

angoisse-expatriation

Pourquoi ? Parce que souvent, les troubles anxieux et dépressifs qui se déclenchent lors d’une acculturation difficile, auraient pu être évités.
On doit penser notamment, dès le départ à l’éloignement des proches, en songeant à une destination qui n’altère pas trop les liens, notamment au niveau de la distance géographique et du fuseau horaire.
On évite aussi l’angoisse de l’expatriation en ne s’éloignant pas trop de sa culture d’origine. Car plus le fossé culturel est grand, plus les efforts d’adaptation à fournir vont être longs et sources de complications. On peut penser à  l’alimentation, par exemple, qui est un facteur qui compte plus que l’on y pense dans l’adaptation à un pays d’accueil. Les expatriés français, qui privilégient des destinations culturellement proches comme l’Italie, ne s’y trompent pas !

Se poser en tant qu’observateur

Actuellement, la mobilité internationale concerne beaucoup les pays d’Asie, comme la Thaïlande, la Chine ou Singapour. Or, même si la vie y est relativement facile, ces pays présentent de fortes différences culturelles en rapport avec des cadres de pensées radicalement différents. Les règles de savoir vivre et de politesse impliquent des gestes rituels, ou des interdits auxquels il faut, en tant qu’étranger, se plier. Or, on sait qu’une fois la première phase de « lune de miel » avec la culture d’accueil passée, un expatrié ressent vite le choc culturel. L’angoisse de l’expatriation surgit, changeant tout à coup son regard émerveillé sur l’exotisme local, en réaction de franc rejet ou de dégoût.  S’il parvient à la surmonter, il se dirigera alors vers l’adaptation au pays d’accueil, mais des échecs existent, provoquant le rapatriement.

expatriation

Comment aborder donc, ce carrefour difficile ? Les spécialistes des expatriations multiples ont leurs recettes, dont la principale serait de savoir rester spectateur d’une culture, avant de s’y immerger.
Les jugements ou les idées préconçues sont mal venues pour aborder les différences culturelles, ce que ne sait pas toujours tout expatrié décidé à vivre dans un pays étranger. Pour sortir de l’angoisse de l’expatriation, il est préférable au contraire de se donner le temps d’aborder et de comprendre les différences. Comment ? En mettant entre parenthèses ses opinions et ses représentations culturelles. Le temps de mieux comprendre les comportements et les mentalités locales et peut-être certains de leurs fondements : moraux, religieux, tribaux, historiques… Une étape qui demande de la patiente et une certaine humilité. Elle permet néanmoins à l’expatrié, après un certain laps de temps, de confronter ce qu’il voit à son propre système de valeurs, pour négocier plus facilement ses adaptations.

S’immerger dans une culture locale

Certains expatriés tentent l’aventure quand d’autres préfèrent rester à l’abri des communautés d’expats de leur pays. L’immersion dans la culture locale, en créant du lien avec des populations nationales, demeure cependant l’une des meilleures façons de se prémunir contre l’isolement, principal facteur d’angoisse en expatriation.

L’un des facteurs clé demeure l’apprentissage ou la connaissance de la langue locale. Il facilite non seulement les contacts, mais permet aussi d’être plus rapidement en symbiose avec les coutumes du coin. Une nouvelle langue en apprend beaucoup sur un pays et sur ceux qui la parlent !

angoisse-expatriatiation

Source : Delbars

On parle aussi aujourd’hui d’intelligence culturelle, faculté qui serait de savoir se distancer d’une culture, pour mieux décoder ses arcanes et apprendre à s’adapter. Acquérir cette forme d’intelligence serait le plus sûr moyen d’échapper à l’angoisse de l’expatriation, mais il semble qu’il y ait une injustice dans ce domaine. Ce sont les expatriés les plus jeunes, et donc ceux qui bougent le plus, qui sont surtout amenés à la développer. Car chaque nouvelle expatriation va réactiver chez eux les mécanismes d’adaptation faits de recul, d’observation et de souplesse, qu’ils ont appris à mettre en œuvre auparavant.

Le manque de contacts humains et de relations satisfaisantes est responsable, en grande partie de beaucoup de dérives psychologiques chez les expatriés : état dépressif, prises d’anxiolytiques, phobie, crise de panique… Tous les individus ne présentent pas les mêmes facultés en matière d’adaptation culturelle. L’âge, l’entourage affectif et le pays d’expatriation comptent pour beaucoup, mais la psychothérapie demeure une aide ouverte à tous.

 

Femme d’expat : l’envers du décor

femme-expat

L’idée répandue que l’on se fait de la vie d’une femme d’expat ne serait que luxe et volupté. Or, si la réussite financière est un aspect de l’expatriation, il existe un autre volet, dont l’on parle moins. Le choc culturel, la solitude et les dures adaptations au jour le jour sont un autre visage de l’expatriation. Et si on levait le voile sur l’envers du décor qui attend les femmes d’expats, loin des clichés de la belle demeure et des plages de sable fin ?

 

La vie de famille de la femme d’expat

Les entreprises qui emploient du personnel expatrié le savent : une installation à l’étranger a plus de chance de fonctionner quand les individus s’expatrient en famille. Et c’est de là que va naître le premier décalage entre la vie qu’une femme d’expat espère, et celle qui l’attend, dans les faits. Car les absences de son conjoint vont la consacrer plus que jamais comme pilier de sa famille, ce qui assombrit en général l’horizon qu’elle s’était fixé.

L’une des principales attentes des femmes en partant est celle d’une vie paisible, leur séjour à l’étranger devant leur permettre de retrouver du temps. Du temps à consacrer aux leurs et du temps pour elles aussi, notamment pour mieux veiller à l’éducation des enfants et souffler un peu professionnellement.
Or, une première expatriation va leur offrir l’opposé de tout cela, notamment en période d’installation. Le syndrome de l’expatrié pour la femme d’expat se manifeste souvent par le poids des responsabilités qui pèsent sur elle pour assumer son foyer sans l’épaule du conjoint. Car de multiples défis l’attendent au quotidien, dans un pays dont elle ne connaît pas ou peu la langue : scolarité des enfants, problèmes domestiques, démarches administratives… Son rôle déterminant pour le succès de l’expatriation n’est pas moins stressant que celui de son conjoint, mais celui-ci dispose d’un atout qu’elle a perdu. Il a toujours une activité professionnelle qui le stimule, et plus entouré, s’intègre facilement. La femme d’expat elle, se retrouve « coincée » au foyer, dans un rôle de soutien émotionnel des siens, qu’elle va porter et supporter dans leurs adaptations.

Car si elle a plus de temps, c’est bien pour écouter, comprendre et résoudre les problématiques de sa famille, confrontée aux difficultés de l’acculturation. Or, ce rôle de soutien émotionnel en l’absence du père est bien souvent dévorant. Il la contraint à veiller au bien-être de chacun, en permanence, alors que personne n’est là pour veiller au sien. La nécessité de reprendre du temps pour soi est loin, et c’est au contraire la tentation de s’oublier contre laquelle il faut lutter.
Ce sont les femmes dont le départ en expatriation s’est fait sans réelle préparation, avec les seules perspectives du « pourquoi pas » ou du « on verra bien », qui subiront les plus fortes perturbations. L’expatriation exige d’être acteur de sa vie, au risque de mal réagir aux changements. Loin d’assurer une pause tranquille dans le parcours d’une femme, elle sollicite au contraire un effort accru de prise en charge personnelle, ainsi que de toute la famille.

 

femme-dispute

 

Continuer sa carrière

En choisissant de vivre à l’étranger,  une femme d’expat choisit souvent de mettre sa carrière entre parenthèses. Beaucoup envisagent ce changement comme temporaire, le temps d’assurer l’installation du foyer dans le pays d’accueil et de retrouver sur place une opportunité. Or, trouver un emploi à l’étranger pour une femme d’expat, se révélera souvent un vrai parcours du combattant.
La barrière de la langue est une première difficulté qui persiste, tant qu’elle n’est pas maîtrisée. Contrairement à ce que l’on croit, une femme d’expat immergée dans une culture locale n’est pas avantagée par son contexte. Elle aura, en effet, le réflexe naturel de se tourner vers sa communauté française pour converser et s’informer, ce qui ne facilite pas ses apprentissages.

Pour trouver un travail à l’étranger, une femme d’expat doit faire aussi des efforts d’adaptation au marché de l’emploi local, en adaptant son expérience professionnelle et en se confrontant à la concurrence nationale. Le problème des diplômes, pas toujours reconnus à l’étranger, va aussi se poser. Dans certains pays, le visa de travail impossible à obtenir pour les conjoints d’expatriés, enterre temporairement toute vie professionnelle pour une femme d’expat.
Contrairement à ce qu’elles souhaitent, les femmes ne retrouveront donc pas facilement un travail à l’étranger ou devront se contenter de postes sous-qualifiés. Un aspect de l’expatriation qui leur échappe malheureusement trop souvent avant de partir. Il est préjudiciable pourtant, car il génère sacrifice, frustration et même crise au sein du couple.

 

Se refaire un cercle d’amis

Retrouver de nouveaux amis est le second gros besoin que ressent une femme d’expat, une fois l’installation matérielle du foyer terminée. La barrière de la langue, mais aussi le besoin de sa culture d’origine l’amène à se retourner vers les communautés d’expatriés de son pays natal. Or, les relations ne sont pas toujours au beau fixe entre les membres d’une communauté expatriée, le confinement culturel n’ayant pas que de bons effets.

Les nouvelles venues, ont parfois du mal à s’intégrer au niveau de ces groupes de Français de l’étranger, car il existe des hiérarchies. Celles qui sont déjà installées et bien adaptées, ne côtoient pas forcément celles qui cherchent encore des appuis.
Les amitiés sont d’ailleurs peu amenées à durer, car la mobilité internationale pousse les familles à souvent changer de pays. Chaque année, une femme d’expat  aura donc moins d’amies à la rentrée, au sein des groupes de Français expatriés. De nouvelles relations vont se renouer rapidement, pour se dénouer aussi rapidement l’année suivante… Des efforts d’adaptation constants à fournir durant des années d’expatriation, qui ne satisfont pas les personnalités peu flexibles, ou tout simplement celles qui affectionnent les liens plus profonds.

Loin de sa vie française et de tous ses repères, une femme d’expatrié va devoir se recréer une vie sur des bases inédites pour elle. Un conjoint saturé d’obligations professionnelles, des enfants multiculturels et peu de perspectives professionnelles sont souvent son lot. Si l’on ajoute à cela l’éloignement de la famille et un rôle domestique qui se renforce, elle se retrouve alors bien loin des images glamour qu’elle pouvait cultiver sur l’expatriation au départ.
Un facteur qui pousse de nombreux couples vers des rivages dangereux, car la réussite matérielle de l’expatriation ne doit pas pousser à privilégier uniquement l’épanouissement de l’homme. Les femmes expatriées doivent le savoir afin de préserver leur équilibre en s’envolant à l’autre bout du monde.

 

 

Ah les communautés d’expats…

 

femme-expatrié

S’il est un sujet dont l’on parle peu, mais qui fait partie du quotidien de la femme d’expatrié, c’est bien celui des communautés d’expats. Ces communautés françaises jouent un vrai rôle de relais socialisant au sein des pays d’accueil, mais elles ne peuvent à elles seules garantir l’adaptation des individus à la vie à l’étranger. Il est intéressant d’examiner leur importance, mais aussi de mieux cerner le type de relation qu’on y développe.

La femme d’expatrié et l’aide de la communauté

L’expatriation amène les conjointes d’expatriés à vive une expérience éprouvante, car elles deviennent les véritables piliers de l’installation matérielle du foyer. Cette situation expose la femme d’expatrié à se retrouver face à un environnement inconnu, voir hostile sur certaines destinations. Car les conjoints, happés par leurs multiples obligations, n’assurent plus leur rôle de soutien et l’entourage familial est bien loin.

On comprend mieux, dans ce contexte, l’importance du soutien des communautés françaises sur place, pour une femme d’expat. Ce soutien est double. La communauté française est d’abord sécurisante sur le plan matériel, car elle aide à trouver des solutions aux multiples aspects de la vie quotidienne (démarches administratives, scolarité des enfants) avant d’apporter un soutien émotionnel. Elle peut, de fait, assurer un relais  socialisant pour des femmes dont le principal écueil est la solitude. Elle permet ainsi de se refaire de nouveaux amis et d’avoir de nouvelles habitudes de rencontres : l’un des grands enjeux d’une mobilité internationale réussie. Le bénévolat, au sein des associations d’expats  permet aussi de retrouver un sentiment d’utilité sociale à  celles qui ont dû consentir au sacrifice de leur vie professionnelle.

La communauté d’expatriés français, exercerait-elle alors l’attrait d’un cocon protecteur, pour une femme d’expatrié? Non, pas de manière uniforme, cela dépendant de la personnalité de chacune et du  type d’adaptation qu’elle choisit de privilégier.
Celles qui souhaitent vivre leur expatriation « entre Français » existent, mais ce sont celles qui principalement, se savent de passage et dont les époux, sous contrat local de trois ans, sont appelés à repartir. Coupée de ses racines, mais non destinée à se réimplanter quelque part, la femme d’expatrié préfère alors vivre à l’étranger en vase clos. Ce repli, pas toujours interprété comme bénéfique, lui sert néanmoins à se protéger des turbulences de son parcours. Car de déménagement en déménagement, il aura tendance à mettre à rude épreuve ses ressources intérieures.

femme-expatrié

Des relations très protocolaires

Au sein de certaines communautés d’expats pourtant, le malaise est palpable pour certaines. Pour elles, la communauté ne joue pas le rôle de matrice socialisante qu’elles attendent. En dépit d’efforts certains, elles ne parviennent pas à s’y sentir à l’aise, et se sentent alors doublement étrangères à leur environnement.

Les raisons du rejet invoquées par une femme d’expatrié au sujet des communautés d’expats tiennent au conformisme imposé dans ces groupes, ainsi qu’au mode de vie très protocolaire qui en découle.
La vie des communautés d’expats s’articule autour de temps forts comme le café de rentrée, la galette des rois, le gala de fin d’année… Ces événements se prolongent par des habitudes de rencontres chez les uns et chez les autres, de manière assez codifiée. La réussite matérielle et l’étalage du niveau de vie sont souvent au premier plan, notamment sur les destinations de réussite comme Singapour ou les États-Unis. Un consensus de valeurs qu’il faut bien sûr partager pour s’y sentir bien, mais qui ne correspond pas forcément aux aspirations de toute femme expatriée.

Au final, la participation aux sociabilités de ces communautés constitue autant de petits rituels destinés à marquer son appartenance. Un certain conformisme s’affiche et on voit l’emprise du collectif à la manière dont les absents sont considérés. Car c’est bien là l’un des grands défauts des communautés d’expats : celui de former des petites familles tendant à protéger leurs membres par l’uniformité. Loin de la terre mère, à l’instar de toutes communautés immigrées, ces communautés françaises de l’étranger tournent sur elles-mêmes, un peu en marge des sociétés qui les accueillent.

femme-expatrié

 

l est à noter aussi que plus le séjour dans le pays d’expatriation sera prolongé, moins une
femme d’expatrié aura tendance à entretenir de liens avec la communauté de son pays d’origine. Son attitude sera en général, soit celle du repli sur la sphère familiale, soit celle d’une ouverture vers la population locale.

Les communautés des Français de l’étranger conservent un rôle indispensable pour favoriser l’accueil et l’installation de tout nouvel expatrié. Mais, contrairement à ce qu’ils peuvent projeter au départ, elles ne seront pas toujours porteuses des relations sociales que l’on espère. Leur aide, sur le plan de la socialisation, est à nuancer, notamment pour les femmes expatriés qui n’adhérent pas automatiquement au mode de vie que ces communautés tendent à promouvoir au bout du monde. Une occasion de rappeler qu’un départ à l’étranger est une aventure qui se prépare, car elle ne réserve pas toujours que de bonnes surprises…

 

 

 

Quand la femme « suit »

femme d'expatrié

Comme aux premières heures de l’espèce humaine, la femme d’expatrié se retrouve contrainte de suivre son compagnon qui devient le seul pourvoyeur de sa subsistance. Pas sûr que toutes les femmes d’aujourd’hui aient beaucoup à gagner dans ce schéma quelque peu périmé. Ce qui explique que certaines audacieuses en viennent à refuser de partir, quitte à menacer leur union. Mais est-ce là un si mauvais calcul ? Contrairement aux apparences,  « suivre » demande, en effet, beaucoup d’abnégation.

La majorité des Français expatriés partent en couple, mais s’il s’agit d’une vraie rampe de lancement professionnelle pour l’homme, la femme d’expatrié, elle, va renouer avec le foyer et la sphère domestique. Bien sûr, au départ, il s’agit d’un accord, mais les femmes sont souvent loin d’évaluer, l’importance du sacrifice d’une part, et le temps qu’il va durer, ensuite.

Femme d’expatrié :  prête à suivre ?

Beaucoup abandonnent une carrière professionnelle qu’elles aimaient et pensent compenser la perte, par la tranquillité et le temps qu’elles vont consacrer à leur famille. Mais, les évènements en décident autrement.
En abandonnant un rôle social, qui devient aujourd’hui primordial pour son estime de soi, la femme d’expatrié perd souvent le sentiment d’exister. Cela peut aller même jusqu’au sentiment de régresser, tant il est difficile de se retrouver dans un rôle tout droit sorti du passé. De multiples détails surgiront dans sa vie pour lui rappeler la perte de son indépendance. Ce sont les sommes d’argent liquides que son conjoint lui glisse, vécues tout d’un coup comme un lien avilissant. Une femme doit toujours réfléchir à la perte de son autonomie financière avant de partir, au risque de subir un atterrissage brutal.
Lors des sorties au bras de son conjoint, une femme d’expatrié affronte le même sentiment de diminution. Elle se sent « sous cloche », considérée comme « la femme de », soit recluse dans un rôle inutile et dépersonnalisant. Privée de ce qui la définissait dans son statut de femme moderne, la femme d’expatrié risque de se replier sur ses enfants, au risque de se laisser dévorer par leurs attentes.
Bien sûr, il lui reste la possibilité de retrouver du travail. Mais le défi à relever est énorme et l’amène souvent à accepter des postes bien en dessous de ses compétences. Dans certains pays, obtenir un permis de travail est carrément impossible, donc toute carrière professionnelle, définitivement exclue.

Alors, avant de suivre inconditionnellement l’amour de sa vie au bout du monde, quelques réflexions s’imposent pour la femme d’expatrié. Que sera sa vie dans un nouveau pays ? Derrière l’insouciance d’un départ, se cache souvent l’ambition d’une vie matérielle privilégiée. Mais celle-ci peut-elle compenser toutes les pertes ? Pour certaines, peut-être, mais pour les plus nombreuses, non.

Le couple est-il suffisamment solide ?

L’antique réflexe de « suivre » n’est pas toujours anodin : il peut traduire des problèmes préexistants au couple, bien avant l’expatriation. Il y a dans cette attitude, une forme de passivité qui traduit un abandon ou le désir de remettre sa vie entièrement dans les mains de l’autre. Plus que le choc culturel ou l’isolement amical, la dépendance affective d’une femme d’expatrié va être source de difficultés et de souffrances dans son parcours.

Pour « tenir » en expatriation, un couple doit résister à l’éclatement de toutes les habitudes qui soudaient son cocon. La complémentarité des partenaires est primordiale, mais ne peut jouer son rôle si l’un existe au détriment de l’autre. Pour faire face aux multiples adaptations d’une vie d’expatriée, une femme doit être solide, car son compagnon lutte déjà avec ses difficultés à lui. Or, si l’expatriation se révèle un combat au départ, la fusion avec un partenaire ne prépare pas à y tenir sa place.

Une femme d’expatrié doit non seulement réfléchir aux conséquences d’abdiquer son indépendance, mais aussi aux vraies raisons qui la poussent à « suivre » un homme et à s’en sentir indissociable.

Et quand rien ne va plus ?

Les difficultés liées à l’expatriation font vivre au couple une zone de turbulences éprouvante. Si elle ne fait plus qu’entrapercevoir un conjoint relié à ses multiples occupations et n’a pas l’énergie de recréer du lien autour d’elle, que devient une femme d’expatrié ?
Le risque de repli sur soi la guète, accompagné de dépression et de comportements addictifs, notamment médicamenteux. Pour son conjoint, il va s’agir d’un souci sérieux, mais tous ne choisissent pas de s’en préoccuper. L’appui de la thérapie, des amis ou de la famille au loin reste le meilleur soutien pour affronter ces moments de grandes tensions.
Il reste alors à la femme d’expatrié une question cruciale à régler : celle du retour d’expatriation. Bien souvent, un couple qui a eu du mal à se construire loin de son pays d’origine, ne nourrira pas les mêmes projets. C’est dire l’importance de cette question, qui devrait être soulevée avant de partir. Mais, pour la femme sujette à la dépendance affective et à la dépression, la capacité à se projeter est limitée. Elle est mal placée pour négocier son départ et se retrouve plus ou moins contrainte d’accorder un peu trop vite sa confiance.

La vie des femmes d’expat, échappe aujourd’hui aux clichés, pour révéler, au travers de nombreux témoignages, qu’elle n’a souvent rien de rose. Anticiper personnellement son projet d’expatriation relève donc du bon sens. Partir doit relever d’un choix conscient dans l’esprit de chacun, et non d’un sentiment de contingence dans la vie de l’autre.

 

Le bilinguisme de l’enfant expatrié

enfant expatrié autour du monde

Conserver sa langue natale et vivre à l’étranger est bien souvent l’une des difficultés qui se pose dans la vie familiale des expatriés. Car l’enfant expatrié, loin du pays d’origine, ne voit pas toujours l’intérêt de parler la langue de ses parents. D’ailleurs, en a-t-il réellement le besoin, quand les Français du monde abordent non pas une, mais plusieurs autres langues ? Oui, car la langue de ses parents est le véhicule d’une transmission, celle de leur culture d’origine, qui garde le pouvoir de transmettre des valeurs.

Enfant expatrié et bilinguisme

Le bilinguisme inculqué dès le plus jeune âge, est l’une des grandes caractéristiques de l’enfant expatrié. Pourtant, le témoignage de nombreux Français expatriés atteste de la difficulté avec laquelle leur progéniture appréhende parfois la langue de Molière.

L’enfant expatrié y rechigne, et il a à cela plusieurs raisons. Il vit parfois la présence d’une seconde langue à la maison comme un encombrant vestige. Son sentiment d’appartenance à la culture du nouveau pays de ses parents est souvent le plus fort. De plus, leur scolarité leur laisse souvent peu de loisirs pour apprendre une langue supplémentaire. Un fossé entre les préoccupations des parents, soucieux de transmission, et ceux de leur enfant expatrié se creuse alors.
Mais, faut-il absolument défendre le bilinguisme dans les foyers expatriés ? Sans aucun doute, car il fait partie des grands bénéfices de l’expatriation. Si les parents, notamment les mères, y tiennent autant, c’est qu’il a valeur d’héritage en matière identitaire pour elles comme pour toute la famille. L’adoption de la langue natale au foyer revêt d’ailleurs un aspect important pour un parent stigmatisé par son accent étranger. Il fait figure de refuge identitaire pour lui, quand l’adaptation au pays d’expatriation reste compliquée.

Le bilinguisme a donc un rôle de charnière entre les 2 cultures de l’enfant expatrié. Car une langue ne sert pas qu’à communiquer, mais porte en elle aussi des représentations du monde et des valeurs. En parlant plusieurs langues, les enfants expatriés s’expriment dans plusieurs systèmes culturels à la fois. Les spécialistes le savent : ils développent ainsi plus de facettes dans leur personnalité. Leur intégration au monde se fera plus facilement, car ils ne connaissent pas de frontières, y compris « dans leur tête ». Un point fort pour eux plus tard, pour aborder le monde dans sa diversité et aller vive ou étudier à l’étranger plus librement.

Les conditions du succès

L’enfant expatrié retire un plein bénéfice de l’apprentissage de 2 langues à la maison quand celui-ci est pleinement équilibré. Cela suppose que sur les 2 langues apprises, l’une ne souffre pas d’un déficit de prestige par rapport à l’autre. La langue de la terre natale des parents ne doit donc pas être dépréciée pour que le bilinguisme se révèle harmonieux. Les spécialistes parlent alors de bilingualité additive, vecteur d’expérience enrichissante et de performances intellectuelles pour les enfants.

Le contexte affectif dans lequel s’effectue l’apprentissage d’une langue pour l’enfant expatrié est donc primordial. Il induit des aspects psychologiques importants qui favoriseront son succès. Notons qu’un enfant n’acceptera de parler une langue avec un adulte que s’il perçoit l’intérêt d’avoir des relations sociales avec lui. À ce sujet, les progrès rapides que font les enfants adoptés dans la langue des parents adoptants, sont assez éloquents.
On ne s’étonnera donc pas de l’implication des mères aussi dans cette aventure. Ce sont bien elles, en effet, qui prennent les choses en main, pour que perdure leur langue « maternelle ». Elles prendront à cœur pour cela, de l’intégrer à la vie quotidienne d’un enfant expatrié. Que ce soit par de petites ingérences domestiques, avec des exercices glissés dans l’emploi du temps, ou par le biais de jeux familiers. Dans le tissu affectif de la relation parent-enfant se transmet alors les rouages d’une langue porteuse de racines et d’identité. Loin d’être toujours idyllique, cette relation réserve des heurts, des résistances et ses petits chantages. Elle porte en elle pourtant l’enjeu de toute une transmission orale symbolique entre l’enfant et la culture dont il est issu.

La mobilité internationale qui relègue les femmes au foyer, les reconduit dans leur fonction ancestrale de gardiennes des traditions. C’est donc à elles qu’incombent les obligations propres au bilinguisme de leurs enfants. Tâche parfois difficile, car ces enfants sont tiraillés entre divers courants et la volonté de s’affranchir de leurs origines. C’est pourtant d’une transmission importante qu’il s’agit, car elle fait la passerelle entre leur devenir et leurs racines profondes. La transmission d’une langue native reste donc, pour la femme d’expat et son conjoint, un devoir de mémoire tourné vers l’avenir.

L’expatriation humanitaire

L’expatriation humanitaire est singulière, enrichissante mais potentiellement risquée sur le plan psychologique. Les raisons qui poussent un expatrié humanitaire à partir à l’étranger sont plus personnelles que matérielles. Il part moins pour acquérir et construire, que pour se sentir utile et donner un autre sens à sa vie. Les prises de conscience actuelles sur l’écologie et la responsabilité collective popularisent ce type d’expatriation. Est-elle pour autant sans danger pour l’individu ? Non, et avant de briguer un emploi dans l’humanitaire, une prise de conscience des risques encourus est indispensable.

Les particularités de l’expatriation humanitaire 

Les candidats à l’expatriation humanitaire n’idéalisent pas tant le pays d’accueil que le mode de vie qu’ils élisent. La motivation pour un travail humanitaire est souvent très forte. On le constate notamment chez ceux qui partent sur la base du volontariat ou du bénévolat. Elle est sous-tendue par le désir de secourir, partager, transmettre…
Pour autant, les conditions de travail au sein d’une association humanitaire, mettront à rude épreuve leurs capacités d’adaptation.

L’expatriation humanitaire se caractérise par les changements de repères qu’elle impose, certainement plus radicaux que ceux de l’expatriation économique. Dans des zones secouées par les conflits armés ou les catastrophes naturelles, les conditions de sécurité vont exposer un expatrié à un stress souvent constant. Le danger et l’insécurité deviennent des réalités palpables, qu’il apprend à maîtriser au jour le jour. La vision de destructions massives, de victimes de famine ou d’exactions peut avoir un effet traumatique.

investissment humanitaire

 

L’investissement personnel en question

On le sait, l’expatriation éloigne des siens et oblige à se construire d’autres attaches affectives au travers de nouvelles rencontres. Ce qui pousse vers la solidarité internationale est justement un besoin de contacts humains différents. Il s’agit d’une quête plus authentique, qui laisse une place au don et à la gratuité des échanges.

En psychologie, certains auteurs, dont Anna Freud, ont conclu que l’altruisme était un leurre de la nature humaine. D’autres leaders d’opinion aujourd’hui, comme le moine Mathieu Ricard, le défendent au contraire. Elle serait un besoin humain de coopération qui doit conduire à un mieux-être général. Les anthropologues, eux, parlent de réciprocité du don, car, comme le dit un vieil adage populaire : «  reçoit celui qui donne, et donne celui qui reçoit ».

Si l’on ne peut nier qu’un projet humanitaire soit motivé par un élan altruiste, mieux vaut peut-être s’interroger sur ses ressorts, avant de partir en mission. Une expatriation humanitaire plonge les individus dans une autre réalité d’existence. Un manque de conscience de ses limites personnelles sur le plan psychologique peut leur être préjudiciable. Toute personnalité en apparence solide, peut cacher secrètement des failles. Or, elles seront mises à nu par la confrontation avec une détresse et une souffrance ignorées dans nos sociétés modernes. Les digues personnelles d’une identité trop fragile peuvent alors céder, sous la pression des émotions collectives.

enfant noir qui rit

Les responsables de  toute ONG connaissent ce risque inhérent à l’expatriation humanitaire. Mais les raisons profondes pour lesquelles les volontaires internationaux s’engagent à travailler dans l’humanitaire peuvent leur échapper.

Les risques psychologiques courus par l’expatrié

Les nécessités de l’action humanitaire ajoutent aux difficultés de l’expatriation classique d’autres facteurs de stress. La nécessité d’une adaptation culturelle rapide existe, conjuguée à l’usage d’une autre langue, l’éloignement des proches, la pression au travail… À cela, l’expatriation humanitaire rajoute des conditions d’hébergement précaires, des maladies comme le paludisme, la promiscuité avec la misère, la corruption… Partir en mission humanitaire n’a rien d’un voyage touristique !

Pourtant, les discours préventifs n’empêchent pas, notamment chez le sujet qui désire devenir volontaire, l’idéalisation de la mission humanitaire. Le complexe de ceux qui veulent « sauver le monde » existe bel et bien, même s’il suscite la méfiance des responsables des missions internationales. Comme nous l’avons vu, l’altruisme au cœur de la relation d’aide peut s’avérer dangereux. Un bénévole peu soutenu, mal préparé ou trop « poreux » à la souffrance, peut accuser de véritables troubles. L’accumulation de sentiments intenses, sans prise de recul nécessaire, mène alors à ce que  l’on nomme le stress vicariant. Ses conséquences sont particulièrement douloureuses pour le sujet : rejet de soi, identification à la victime, découragement, détresse, cynisme, irritabilité, perte du lien à l’autre… Quand l’expatriation humanitaire prend ce visage tragique, elle affecte durablement l’individu et suscitera des transformations profondes au retour. Car le rapatriement va s’avérer, malheureusement, inévitable.

Le brun-out ou l’épuisement professionnel est également un risque des personnels en mission à l’étranger. Il se différencie du stress vicariant par le fait qu’il semble provoqué par d’autres causes. La poursuite d’objectifs difficiles ou des responsabilités humaines trop lourdes sont souvent en cause.

enfant noir

La prise en charge personnelle

De nombreux expatriés humanitaires, qui ne trouvent pas sur place les conditions d’un soutien approprié, ont découvert le secours de la thérapie par Skype. Internet les aide à trouver le recul qui leur est nécessaire, grâce à une aide distante. Le soutien d’un psychothérapeute pour expatriés permet d’aller au fond de sa réelle motivation. Un recours précieux pour arriver à économiser ses forces et ne pas franchir la ligne rouge…

Plus que les autres, les expatriés de l’aide humanitaire sont exposés aux effets du stress. Les formes ultimes du stress vicariant, nommées « souffrance de compassion », ont des effets particulièrement dévastateurs. La détresse de l’humanitaire plongé dans un bain de souffrances, le consume et le détruit. Il se retrouve seul, face à son impuissance, artisan d’une impossible mission.

 

 

 

 

error: Content is protected !!