Couples expatriés : unis jusqu’où ?

 

Il existe un très grand besoin d’information et d’accompagnement aujourd’hui pour les femmes, avant de s’expatrier en couple. Car si elles partagent toujours le désir de partir vivre à l’étranger en famille au départ, elles sont souvent très loin d’en imaginer toutes les implications. Le scenario de leurs attentes correspond bien peu à réalité. On peut chronologiquement scinder en 2 temps le déroulé des événements qui les amènent vers des crises au sein de leur couple.  

S’expatrier en couple : au début, la découverte

Les premières années d’une expatriation en couple ne vont pas être tout de suite celles des désillusions. Bien souvent, même si elle part en abandonnant son travail, la femme se sent nantie d’une mission : le bonheur de sa famille. Elle va donc au départ s’investir entièrement dans l’aventure, s’immergeant dans le pays d’accueil parfois bien plus que son conjoint. Formalités administratives, cours de langues, scolarité des enfants : elle va mener toutes ces démarches tambour battant. En dépit de l’éloignement des siens et du choc culturel, elle se sent plutôt fière de ce qu’elle accomplit, et n’en revient pas de sortir autant de sa zone de confort. Mais surtout, avec son conjoint, c’est encore l’union sacrée. Même si les difficultés ne manquent pas de se présenter, ces deux la restent soudés.

Autour de leur famille d’abord, car les enfants sont plutôt moteurs d’intégration, et l’on se rassure autour de la chance qu’on leur donne en leur offrant une vie  à l’étranger, une double culture, une grande maison… On se soude aussi autour des objectifs communs, car il en en a bien sûr, avant de partir. Ainsi, la première année, et celles qui vont suivre, sont encore le temps de l’enthousiasme où chacun des conjoints sert de réassurance à l’autre. Il faut dire que les satisfactions sur le plan matériel ne manquent pas : le niveau de vie dans le pays d’accueil aurait souvent été impossible à atteindre en France. Ainsi, même si l’ennui et un certain isolement commence à peser parfois sur la femme d’expat, elle continue de s’adapter tant bien que mal, car n’a-t-elle pas tout ce qu’elle a voulu au départ ? Du calme, du temps, de l’argent : une vie de rêve en somme, et elle aurait mauvaise conscience de dire le contraire…  

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Quand viennent les doutes et les déceptions

Ce n’est qu’au bout de quelques années d’expatriation que les doutes vont s’installer chez les femmes. Leur grande frustration face à la perte de toute activité professionnelle sert souvent de détonateur, mais leur déception va bien au-delà. Elles sont au fond, non seulement déçues par une vie domestique, qui devient parfois futile, mais surtout déçues par leur conjoint. Elles les trouvent, sans détour, égoïstes, car eux, elles le savent, auraient rarement accepté le même sacrifice pour les suivre. Ce qu’elles perçoivent de lui, est cet étranger absent, épris de réussite, qui ne songe pas 2 secondes à un retour en France. Elles, au contraire, ne songent qu’à ça, et peuvent même saisir le moindre prétexte, comme suivre leurs enfants dans leurs études supérieures, pour mettre à exécution ce projet. La grande source de rupture entre conjoints expatriés naît de la différence des perspectives, qui s’installe insidieusement avec le déséquilibre de leurs situations réciproques. L’un progresse dans la vie tandis que l’autre stagne, en proie à des difficultés de parcours beaucoup plus importantes.

La vie professionnelle

Retrouver une carrière professionnelle est un défi parfois impossible à relever et les nouveaux amis ne sont souvent que de passage. L’homme expatrié, lui, ne voit pas son cercle se restreindre, car il jouit d’un épanouissement professionnel qui l’amène à être estimé, reconnu, apprécié. Ses horizons culturels et intellectuels vont dépasser de loin ceux de sa femme, et s’il n’a pas un réel souci de son bonheur à elle, leurs chemins risquent inexorablement de diverger. Car, que reste-t-il de leur communication dans ces conditions ? Les perspectives de l’un sont désormais étrangères à l’autre, et la réussite de l’un se construit, malgré tout, au détriment de l’autre.

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On ne s’étonne guère qu’il résulte de tout ça une certaine culpabilité au niveau des hommes, qui se retrouvent en dette de tout ce que la femme sacrifie pour leur mobilité internationale. Certains vont la gérer par une fuite en avant, travaillant toujours davantage. Ils s’obstinent à penser que l’argent est le but primordial, et qu’il suffira au fond, pour garder leur compagne. Solution peu satisfaisante, qui vise surtout à éviter les remises en question, mais risque d’aboutir à une séparation. Parfois un déclic, une vraie discussion, initiée à la suite d’un travail sur soi ou d’une thérapie, peut aboutir à une prise de conscience du partenaire. Un homme peut comprendre que l’équilibre de sa vie de couple et de famille est prioritaire à la réussite sociale, surtout lorsque la santé de l’autre est en jeu. La dépression, il faut le rappeler, altère les facultés d’une personne et porte atteinte à sa santé mentale.

Pascal Couderc, psychanalyste, psychologue clinicien

Un bonheur qui se construit au détriment de son partenaire est une absurdité, dans un couple. C’est certainement l’une des grandes leçons que l’expatriation donne aux hommes et aux femmes partis tester leur union sous d’autres ciels. Pascal Couderc, psychologue pour expatriés, sur Skype et par visioconsultations, accompagne les expatriés dans leurs difficultés de couple.    

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