Expatriation et violences conjugales

  femme-expatriée Les violences conjugales sévissent en expatriation comme ailleurs, même si les statistiques font défaut sur le sujet. La situation spécifique de la femme expatriée mérite pourtant une attention particulière par le fait qu’elle se fragilise dès son départ, en suivant son conjoint.

Vulnérabilité de la femme expatriée

Les positions déséquilibrées de l’homme et de la femme dans les couples d’expats, ne poussent pas suffisamment à penser au problème de la violence conjugale que le contexte favorise. L’expatriation avantage indiscutablement l’homme, dont les gros efforts sur le plan professionnel seront payés de récompense par un accomplissement social et financier. Il en résulte pour lui un regain de pouvoir, dont il peut user au sein de son couple, si la mésentente s’installe. Rappelons que les violences conjugales peuvent prendre diverses formes. Elles comprennent les violences psychologiques telles qu’insultes, menaces ou humiliations comme les violences proprement physiques ou sexuelles. Or, les capacités de réaction et de défense d’une femme expatriée sont souvent amoindries. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

  • Le chômage
    La mobilité internationale suggère, pour trop de femmes, l’abandon de leur carrière professionnelle. Il peut en résulter un sentiment de perte d’identité qui leur cause de gros doutes quant à leur valeur personnelle. Un problème qui les ronge et amenuise leur résistance vis-à-vis d’un conjoint qui devient abusif.
  • La dépendance financière
    Elle découle directement de la perte d’activité professionnelle et achève de museler la femme expatriée. Les obstacles qui s’opposent à la recherche d’un emploi sont nombreux à l’étranger pour les femmes d’expat. Dans certains pays, il leur est purement impossible d’obtenir un permis de travail, ou la barrière de la langue les empêche de pénétrer sur le marché local. Quand le soutien moral de leur conjoint fait en plus défaut, il est d’autant plus difficile pour elles de s’atteler à un projet professionnel.
  • L’isolement
    Une femme expatriée subit plus durement qu’un homme l’isolement, car sans occupation officielle, elle tarde plus que son compagnon à se retisser un réseau de nouveaux amis. De plus, on ne s’ouvre pas facilement de ses problèmes conjugaux avec de nouvelles connaissances, surtout s’ils sont graves.

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Or, il est bon de se rappeler que l’isolement est la pierre d’achoppement sur laquelle repose les violences conjugales. Il prive les conjoints de ressources essentielles qui permettent d’échapper à une emprise toxique. Ces ressources sont d’ordre affectif en premier lieu, mais pas seulement. Une femme expatriée en butte à la violence de son conjoint a aussi besoin d’informations sur les lois du pays d’accueil et de savoir quels sont les moyens légaux dont elle dispose. Or, en expatriation, la difficulté des démarches est multipliée par 10 en raison des problèmes rajoutés par l’acculturation. Comble de malheur, certaines peuvent se retrouver perdues dans des pays d expatriation qui bafouent les droits des femmes. Difficile de porter plainte alors, quand tout le contexte social s’y oppose, et quand leur conjoint expatrié français aura de toute façon tous les droits !  

Les problèmes psychologiques 

Que se passe-t-il de plus dans la tête d’une femme expatriée subissant des violences conjugales ? Rien de différent à ce qui se passe dans la tête des femmes présentes dans leur pays, le cycle de la violence restant le même. On peut noter cependant que l’éloignement des siens et l’isolement amical aggraveront la confusion mentale et accroîtront les risques de dépression ou de dérives addictives. Les femmes auront tendance à se replier sur la honte et la culpabilité. Elles peuvent se rendre responsables du comportement de leur compagnon ou s’enfermer dans le déni de la situation. Dans certains cas, elles portent un masque et peuvent arriver à se convaincre que ce qui leur arrive est normal. Seules, et prisonnières de la relation, elles perdent conscience de fait, de ce qu’est une relation normale.

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Précisons que lorsque la violence conjugale survient en expatriation, elle se glisse dans les couples dont la relation était souvent malade, bien avant le départ en expatriation. L’expatriation à elle seule ne saurait être tenue comme un facteur déclencheur de violences conjugales. Mais son contexte, qui isole et désocialise de nombreuses femmes, réunit des ingrédients qui peuvent la favoriser. Il faut rappeler qui suivre trop passivement un conjoint, sans nourrir de projet d’expatriation à soi, est synonyme de risques psycho-sociaux pour une femme expatriée. Or, c’est déjà le fait de trop dépendre de l’autre qui entraîne, à la base, le besoin de suivre. Dans ce sens, l’expatriation fait mauvais ménage avec la dépendance affective, car elle expose à une aventure dangereuse.

Les difficultés auxquelles la violence conjugale expose une femme expatriée doivent l’inciter à réfléchir sérieusement avant de partir et d’abdiquer toute indépendance. Elle doit être sûre de son couple et bien connaître son partenaire, dès la première expatriation. Cela est d’autant plus important si elle compte mettre sa vie professionnelle entre parenthèses. Pour celles confrontées au huit clos étouffant d’une dépendance affective et matérielle avec un conjoint violent, rompre l’isolement est la première nécessité. Un ou une amie, un psychologue pour expatrié ou la main tendue d’un travailleur social peuvent être leur porte de sortie.

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