Femme d’expat : l’envers du décor

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L’idée répandue que l’on se fait de la vie d’une femme expat ne serait que luxe et volupté. Or, si la réussite financière est un aspect de l’expatriation, il existe un autre volet, dont l’on parle moins. Le choc culturel, la solitude et les dures adaptations au jour le jour sont un autre visage de l’expatriation. Et si on levait le voile sur l’envers du décor qui attend les femmes d’expats, loin des clichés de la belle demeure et des plages de sable fin ?

La vie de famille de la femme expat

Les entreprises qui emploient du personnel expatrié le savent : une installation à l’étranger a plus de chance de fonctionner quand les individus s’expatrient en famille. Et c’est de là que va naître le premier décalage entre la vie qu’une femme expat espère, et celle qui l’attend, dans les faits. Car les absences de son conjoint vont la consacrer plus que jamais comme pilier de sa famille, ce qui assombrit en général l’horizon qu’elle s’était fixé.

L’une des principales attentes des femmes en partant est celle d’une vie paisible, leur séjour à l’étranger devant leur permettre de retrouver du temps. Du temps à consacrer aux leurs et du temps pour elles aussi, notamment pour mieux veiller à l’éducation des enfants et souffler un peu professionnellement.
Or, une première expatriation va leur offrir l’opposé de tout cela, notamment en période d’installation. Le syndrome de l’expatrié pour la femme expat se manifeste souvent par le poids des responsabilités qui pèsent sur elle pour assumer son foyer sans l’épaule du conjoint. Car de multiples défis l’attendent au quotidien, dans un pays dont elle ne connaît pas ou peu la langue : scolarité des enfants, problèmes domestiques, démarches administratives… Le rôle déterminant d’une conjointe, pour le succès d’une expatriation n’est pas moins stressant que celui de l’homme. Mais lui, dispose d’un atout qu’elle a perdu. En détachement ou sous contrat local, il a toujours une activité professionnelle qui le stimule, et plus entouré, s’intègre facilement. La femme expat elle, se retrouve « coincée » au foyer, dans un rôle de soutien émotionnel des siens, qu’elle va porter et supporter dans leurs adaptations.

Car si elle a plus de temps, c’est bien pour écouter, comprendre et résoudre les problématiques de sa famille, confrontée aux difficultés de l’acculturation. Or, ce rôle de soutien émotionnel en l’absence du père est bien souvent dévorant. Il la contraint à veiller au bien-être de chacun, en permanence, alors que personne n’est là pour veiller au sien. La nécessité de reprendre du temps pour soi est loin, et c’est au contraire la tentation de s’oublier contre laquelle il faut lutter.
Ce sont les femmes dont le départ en expatriation s’est fait sans réelle préparation, avec les seules perspectives du « pourquoi pas » ou du « on verra bien », qui subiront les plus fortes perturbations. L’expatriation exige d’être acteur de sa vie, au risque de mal réagir aux changements. Loin d’assurer une pause tranquille dans le parcours d’une femme, elle sollicite au contraire un effort accru de prise en charge personnelle, ainsi que de toute la famille.

Continuer sa carrière

En choisissant de partir vivre à l’étranger,  une femme expat choisit souvent de mettre sa carrière entre parenthèses. Beaucoup envisagent ce changement comme temporaire, le temps d’assurer l’installation du foyer dans le pays d’accueil et de retrouver sur place une opportunité. Or, trouver un emploi à l’étranger pour une femme expat, se révélera souvent un vrai parcours du combattant.
La barrière de la langue est une première difficulté qui persiste, tant qu’elle n’est pas maîtrisée. Contrairement à ce que l’on croit, une femme expat immergée dans une culture locale n’est pas avantagée par son contexte. Elle aura, en effet, le réflexe naturel de se tourner vers sa communauté française pour converser et s’informer, ce qui ne facilite pas ses apprentissages.

Pour trouver un travail à l’étranger, une femme expat doit faire aussi des efforts d’adaptation au marché de l’emploi local, en adaptant son expérience professionnelle et en se confrontant à la concurrence nationale. Le problème des diplômes, pas toujours reconnus à l’étranger, va aussi se poser. Dans certains pays de destination, le visa de travail impossible à obtenir pour les conjoints d’expatriés, enterre temporairement leurs carrières.
Contrairement à ce qu’elles souhaitent, les femmes ne retrouveront donc pas facilement un travail à l’étranger ou devront se contenter de postes sous-qualifiés. Un aspect de l’expatriation qui leur échappe malheureusement trop souvent avant de partir. Il est préjudiciable pourtant, car il génère sacrifice, frustration et même crise au sein du couple.

Se refaire un cercle d’amis

Retrouver de nouveaux amis est le second gros besoin que ressent une femme expat, une fois l’installation matérielle du foyer terminée. La barrière de la langue, mais aussi le besoin de sa culture d’origine l’amène à se retourner vers les communautés d’expatriés de son pays natal. Or, les relations ne sont pas toujours au beau fixe entre les membres d’une communauté expatriée, le confinement culturel n’ayant pas que de bons effets.

Les nouvelles venues, ont parfois du mal à s’intégrer au niveau de ces groupes de Français de l’étranger, car il existe des hiérarchies. Celles qui sont déjà installées et bien adaptées, ne côtoient pas forcément celles qui cherchent encore des appuis.
Les amitiés sont d’ailleurs peu amenées à durer, car la mobilité internationale pousse les familles à souvent changer de pays. Chaque année, une femme expat  aura donc moins d’amies à la rentrée, au sein des groupes de Français expatriés. De nouvelles relations vont se renouer rapidement, pour se dénouer aussi rapidement l’année suivante… Des efforts d’adaptation constants à fournir durant des années d’expatriation, qui ne satisfont pas les personnalités peu flexibles, ou tout simplement celles qui affectionnent les liens plus profonds.

Loin de sa vie française et de tous ses repères, une femme d’expatrié va devoir se recréer une vie sur des bases inédites pour elle. Un conjoint saturé d’obligations professionnelles, des enfants multiculturels et peu de perspectives professionnelles sont souvent son lot. Si l’on ajoute à cela l’éloignement de la famille et un rôle domestique qui se renforce, elle se retrouve alors bien loin des images glamour qu’elle pouvait cultiver sur l’expatriation au départ.
Un facteur qui pousse de nombreux couples vers des rivages dangereux, car la réussite matérielle d’un projet d expatriation ne doit pas pousser à privilégier uniquement l’épanouissement de l’homme. Les femmes expatriées doivent le savoir afin de préserver leur équilibre en s’envolant à l’autre bout du monde.

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